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jeudi 14 juillet 2011

La planète mode exposée à Montréal


L'exposition du Musée des Beaux Arts de Montréal intitulée "la Planète mode de Jean-Paul Gaultier : de la rue aux étoiles" est remarquable à plusieurs titres.

D'abord par son thème : la mode n'est généralement pas à l'affiche dans les musées du monde. Consacrer une exposition à part entière à un créateur de mode, de surcroît encore vivant, est une initiative originale qui mérite d'être soulignée. La mode, en effet, présente un caractère éphémère qui, a priori, s'accorde mal avec le côté historique et patrimonial des expositions muséales. Le fait de voir se reproduire, année après année, les défilés de mode contribue sans doute au sentiment de non durabilité et de légèreté généralement attribué à cette activité. Il s'agit, en outre, de la première exposition internationale consacrée à ce grand couturier français.

La seconde raison de ne pas manquer cette exposition est l'originalité de sa mise en scène faisant souvent appel aux techniques du multi média. Le visiteur est surpris, dès son arrivée, par des mannequins expressifs qui l'accueille en semblant lui parler et le regarder. Le mannequin de JP Gaultier lui explique les principales raisons de la création de cette exposition à Montréal. L'idée de donner vie aux mannequins en animant leurs lèvres et leurs yeux et, en synchronisant leurs paroles à ces mouvements est très réussie et peut même présenter un effet pervers : le spectateur, subjugué par cette trouvaille, peut parfois négliger de se concentrer sur les ensembles et les accessoires qui habillent les mannequins. Le défilé de mannequins, se déplaçant à la façon des vrais mannequins, est tout aussi originale.

La taille de l'exposition est bien choisie, ni trop grande ni trop petite. Juste le temps de ne pas se laisser gagner par la lassitude et de maintenir l'intérêt....

La troisième raison, et non la moindre, est le contenu même de cette exposition qui rassemble 140 ensembles de haute couture et de prêt-à-porter ainsi que de nombreux objets et documents d'archives, et des extraits de films. Un néophyte ne peut qu'être impressionné par la créativité sans limite de Gaultier. Elle s'exprime à la fois dans ses concepts mais aussi dans le choix des matières. Il semble que rien ne soit exclu dans ce domaine : plumes, boutons, peaux, pierres, tissus de toutes natures,.... Le métissage des cultures qui a inspiré l'auteur est omniprésent. Ce métissage ne néglige pas les influences plus récentes, plus contemporaines, comme par exemple les contre-cultures urbaines des banlieues des grandes villes. A travers le regard de JP Gaultier perce sa grande humanité, son humour et sa jeunesse d'esprit...

Le Musée des Beaux Arts de Montréal peut être fier d'avoir crée cette exposition qui devrait remporter un grand succès ici et ailleurs. Elle tiendra l'affiche du 17 juin au 2 octobre 2011 à Montréal avant de se rendre aux Etats-unis d'Amérique, en Espagne et aux Pays-bas.

lundi 17 mai 2010

Le grand Miles aux Beaux-Arts

Belle exposition que celle présentée jusqu'au 29 août 2010 au Musée des Beaux arts de Montréal : "Miles Davis : le jazz face à sa légende". Pratiquement tous les arts y sont présents : la musique bien sûr, celle de Miles qui vous prend aux tripes, vous fait vibrer sur ses sonorités métalliques, tantôt douces, tantôt stridentes, construites, puis déconstruites, elles vous transportent d'années en années, de 1940 jusqu'à 1990 environ. La photographie est aussi de la fête, souvent en noir et blanc, témoignant crûment de son époque de la fragilité de l'homme... Les photos de l'agression raciste dont Miles fût victime, illustrent sobrement la ségrégation raciale qui régnait alors aux USA. Magnifique personnage que celui de Miles, toujours sensible, parfois radieux, mais souvent pensif, concentré, comme emmuré dans un univers interieur riche et tourmenté. La peinture aussi, celle de Jean-Michel Basquiat notamment, mais aussi celle de Miles qui s'y est exercé vers la fin de sa vie. Elle fût pour lui, un artifice pour reéduquer ses mains malades. Peintures aux tons vifs aux formes tourmentées et abstraites, toutes en harmonie avec sa propre sensibilité musicale. Même une sculpture monumentale de Niki de Saint Phalle nous rappelle, par sa taille, l'immensité du personnage. Plusieurs trompettes ayant appartenues au musicien, gravées à son nom, teintes en bleu, vert, rouge..., paraissent revivre dans cette atmosphère tamisée, ouatée mais toujours chaleureuse. L'agencement des oeuvres, les nombreux "kiosques musicaux" sont des incitations permanentes à se recueillir, à s'enivrer des sonorités du grand Miles.... La chronologie nous fait suivre l'évolution incroyable de la musique de Miles, celle du jazz qu'il a profondément marqué. Surtout ne manquez pas le dernier kiosque consacré à l'un des ultimes concert de Miles, donné au Spectrum de Montréal en 1989. Le son de Miles y est si présent qu'il est encore capable de vous arracher une larme. Merci a tous ceux qui nous ont permis de nous replonger dans l'oeuvre de ce très grand musicien que fut Miles Davis. Il est heureux que cette belle exposition soit présentée simultanément avec la pièce "Et Vian! dans la gueule" au TNM, qui traite, à partir de textes de Boris Vian, de la haine de la guerre qui animait, l'écrivain et trompettiste, celui-là même qui accueillit Miles en France lors de son premier voyage à l'étranger. Leur amitié nous a aussi légué l'inoubliable musique du film "J'irai cracher sur vos tombes".