Affichage des articles dont le libellé est politique linguistique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est politique linguistique. Afficher tous les articles

mardi 21 juin 2011

Des cursus tout en anglais : une obligation ?


On ne peut qu'être surpris, sinon inquiet, de lire ( La Recherche n° 453, p. 81-83 ) l'avis du professeur Jean-Yves Chemin affirmant la nécessité impérieuse pour les universités françaises, si elles veulent exister à l'international, de proposer des cursus tout en anglais. Fort heureusement, ce point de vue est contrebalancé par celui du professeur Claude Truchot qui rappelle notamment que l'enseignement en anglais abaisse le niveau des formations.

Que la pratique de l’anglais soit actuellement mondialement répandue, en particulier dans les activités financières et commerciales, est un fait. Si permettre la communication internationale est évidemment indispensable dans les sciences, faut-il obligatoirement le faire avec une langue unique, au prix d'approximations (l'anglais ne peut suffire dans toutes les sciences à représenter l'ensemble des concepts) et d'un effet logique d'économie de moyens : la disparition à terme dans les systèmes éducatifs de nombreuses autres langues et des cultures qui leur sont intimement liées ?

L’anglais comme langue internationale unique n’est pourtant pas la seule solution. Pour notre part, nous avons montré qu’une autre approche était concevable : si, par exemple, chaque élève apprenait deux ou trois langues, librement choisies par lui parmi une dizaine enseignées, la probabilité qu’une fois adultes deux interlocuteurs pris au hasard aient une langue commune ( pas obligatoirement l’anglais ) serait alors de l’ordre de 80 % ( «Un modèle probabiliste pour la diversité linguistique : le cas de la romanité dialogale » dans « L'intercompréhension et les nouveaux défis pour les langues romanes », Editions de l'Union Latine / Agence universitaire de la Francophonie, Paris, 2011 ). L'expertise et les outils d'apprentissage précoce, sur objectifs spécifiques et multilingues existent et sont largement expérimentés, notamment dans les universités françaises souvent en pointe dans ce domaine. Une telle politique linguistique éducative pourrait favoriser une réelle capacité de communication internationale ainsi que les mobilités les plus diversifiées tout en valorisant une nécessaire diversité des répertoires linguistiques scientifiques des étudiants et des enseignants. La croyance au caractère incontournable de l’anglais est donc un a priori non fondé.

ps : ce texte a été élaboré conjointement par le responsable du blogue et deux autres collègues universitaires : André Rouillon (informaticien) et Patrick Chardenet (linguiste)

dimanche 12 septembre 2010

Encore les langues....

L'Allemagne découvre à son tour (voir Intégration : Berlin mise sur la maîtrise de l'allemand, Journal "Le Monde" du 10 septembre 2010) que l'intégration de ses immigrants passe par un apprentissage plus poussé de la langue allemande. Ce problème n'est pas nouveau il est bien connu et, depuis longtemps, de nombreux Etats parmi lesquels on peut citer, sans être exhaustif, la France, le Royaume-Uni, le Quebec, .... et, plus récemment, les Etats-unis d'Amérique, l'Ontario et certaines autres provinces de l'ouest du Canada. Ces Etats et Gouvernements sont préoccupés par cette question de la maîtrise de la langue du pays d'accueil par les nouveaux immigrants car il s'agit là d'un facteur déterminant pour leur intégration à la société.

Ce regain pour la défense de la "langue nationale" se produit simultanément à l'affirmation, par nombre de décideurs politiques, entrepreneurs ou chercheurs.... de la nécessité inéluctable d'apprendre une même langue pour pouvoir communiquer au plan international. Cette langue étant, le plus souvent l'anglais et, quelque fois l'espéranto.

Ainsi, une même cause, la mondialisation, produit deux effets inverses et, par certains côtés, contradictoires : d'une part, l'uniformisation linguistique par l'apprentissage préconisé d'une même langue pour tous et, d'autre part, la diversification linguistique par la réaction des communautés des pays d'accueil.

Les choses se complexifient encore plus, lorsque l'on considère que dans les pays qui absorbent, volontairement ou non, un nombre important d'immigrants, se créent souvent des "pôches ethniques" qui tendent à favoriser la mise en place, au sein de ces pays, et parfois contre leur gré, des politiques multiculturalistes. Ainsi, selon les données du recensement de 2001 de Statistique Canada, il y avait à cette date plus de 254 "enclaves ethniques" au Canada. De ce nombre, 135 se trouvent à Toronto, 111 à Vancouver et 8 à Montréal (voir Multiculturel, dites-vous?, Journal "Le Devoir" du 29 mai 2010). Ces enclaves développent en leur sein leur(s) propre(s) langue(s) de communication qui sont le plus souvent les langues parlées dans leur pays d'origine. De cette façon, la (ou plus rarement les) langue(s) nationale(s) se trouve(nt) confrontée(s) à la pression de la langue anglaise d'une part, mais aussi à celles des langues étrangères parlées par les communautés immigrantes. Outre l'affaiblissement de la langue nationale, ce phénomène tend à produire, de plus en plus souvent, des effets de repli identifaire de la part des citoyens des pays d'accueil qui sont tentés de rejeter en bloc toute immigration étrangère.

Face à ces crispations nationales, il paraît illusoire de prôner, de surcroît, l'apprentissage d'une seule et même langue aux fins de la communication internationale. Toutes les langues ont droit à l'existence et les peuples acceptent mal de voir décliner leur langue de communication séculaire.

La seule et véritable solution nous semble de mettre en place, dans les pays du monde, un certain degré de multilinguisme afin de gérer la question de la communication internationale en portant, le moins possible, atteinte aux grandes langues de communication internationale (anglais, français, espagnol, portugais, arabe, allemand, italien, mandarin...). Cette approche exclut le bilinguisme du type "langue majoritaire-langue minoritaire" (par exemple : anglais-français) qui défavorise systématiquement la langue minoritaire. Nous avons démontré que cela est possible et que ni l'anglais seul, ni l'espéranto seul ne sont indispensables pour aboutir à la solution (voir http://diversion-baba.blogspot.com : la survie du français, billet du 20 mai 2010). Si chaque enfant pouvait apprendre trois ou quatre langues (y compris sa langue maternelle), choisies librement parmi une dizaine de langues de communication internationale, sans qu'aucune de ces trois ou quatre langues ne lui soit imposée, à lui ou à sa famille, sans que l'anglais soit systématiquement privilégié, parmi ces choix, comme aujourd'hui, on peut être certain de deux choses :

- La diversité linguistique du monde en sortirait renforcée;
- La communication internationale en serait facilitée.

Cette façon de faire garantirait que deux personnes qui se rencontreraient au hasard auraient alors environ 80% de chances de pouvoir communiquer dans une langue partagée (qui ne serait pas l'anglais obligatoirement). Il est clair qu'un jeune enfant étranger qui émigrerait avec ses parents serait astreint à la même règle. S'il est de langue maternelle arabe, par exemple, et qu'il émigre dans un pays de langue française, il lui faudrait apprendre le français et une ou deux autres langues de communication internationale.