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mercredi 15 février 2012

Comment les partis de gauche ont rejeté les classes pauvres à droite.

Au début du 20e siècle les ouvriers, qui constituent la majorité de la classe défavorisée votent généralement à gauche et même à l'extrême gauche. Cette observation est valable pour la plupart des pays d'Europe occidentale, Amérique du nord exceptée où l'anticommunisme n'a pas permis aux partis politiques de gauche d'émerger. C'est une époque propice aux partis communistes et, plus généralement, aux organisations de gauche. Le journal « Le Monde » en date du 12-13 février 2012 contient une bonne analyse de ce phénomène (« Le lent glissement à droite des ouvriers européens » par Jean-Pierre Stroobants).
Pour de nombreux analystes, ce mouvement vers la droite reflèterait la difficulté de la gauche à penser ses rapports avec le capitalisme et la mondialisation. Je voudrais, faire état ici d'une explication supplémentaire ou complémentaire.

A l'époque du communiste triomphant, en URSS et dans les pays d'Europe de l'est notamment, les partis de gauche en occident ont eu tendance à privilégier des politiques susceptibles de venir en aide aux pays communistes au lieu de proposer des solutions aux problèmes réels que rencontraient les classes pauvres dans leur propre pays. C'est l'époque où l'on disait que les dirigeants des partis communistes d'Europe occidentale allaient chercher leurs ordres à Moscou. Dès lors on peut comprendre que naisse, déjà entre les années 1920 et 1980 environ, une certaine déception des classes pauvres. Souvenons-nous de la signature des Pactes Germano-Soviétiques en 1939... La chute du mur de Berlin en 1989 viendra concrétiser l'échec des partis communistes en Europe de l'est et en Union soviétique. On peut donc dire que dans cette aire géopolitique, les communistes ont échoués à conduire la classe ouvrière sur la voie du bien être. Cette grande déception a été difficilement vécue par tous ceux qui ont cru en l'espoir d'un mieux être à venir dans ces territoires communistes... Nous pensons que cet échec n'aurait certainement pas eu les mêmes conséquences au sein du monde occidental si les partis politiques de gauche en Europe occidentale avaient su prendre leur distance avec ceux des pays de l'est et, s'ils avaient accordé la priorité à la résolution des problèmes de leurs concitoyens... Le glissement vers la droite des partis de gauche me semble donc dater des années 30. Accessoirement d'ailleurs, on peut noter que ce glissement entraine, presque automatiquement, la dérive vers l'extrême droite des partis de droite...

La droitisation des classes pauvres va se poursuivre avec l'échec des partis sociaux-démocrates qui, à partir du moment où ils sont parvenus au pouvoir en Europe occidentale, n'ont fait que gérer le capitalisme et la mondialisation à la façon des partis de droite. Le début du déclin de la social-démocratie peut être daté des années 1960. Entre les années 1960 et maintenant, les partis sociaux démocratiques en Europe du Nord ont perdu environ 20% de leurs votes.

En France, depuis les années 70, les statistiques et les sondages permettent de vérifier un recul de la corrélation entre classe sociale et électorat. Le monde ouvrier quitterait la gauche selon le journal « Le Monde » : « En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait 74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %. La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de l'élection présidentielle de 2002, près du tiers des ouvriers qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême droite. » (c’est-à-dire en fait près du tiers de ceux qui ont voté, et non près du tiers du total). Autre exemple probant (journal « Le Monde » en date du 12-13 f évrier 2012) : « dans la ville de Västeras en Suède qui fût dans le temps la région la plus sociale-démocrate de Suède, on voit aujourd'hui la gauche au coude-à-coude avec la droite et c'est généralement l'extrême droite qui fait pencher la balance ». La suite logique de ces déceptions aboutit à la situation d'aujourd'hui. Là encore, les partis socialistes ont été puiser leur inspiration dans les théories néolibérales plutôt que de tenter de résoudre les vrais problèmes de la classe démunie, à savoir les questions de l'emploi, de l'éducation et de la santé...

Les partis de gauche européens ont donc d'abord été inféodés au parti communiste d'URSS puis, aux thèses néolibérales et à la mondialisation issues du monde anglo-saxon. Ils n'ont donc, en pratique, jamais tentés de résoudre les vrais difficultés rencontrées par les citoyens les plus pauvres de leur pays mais ils ont plutôt obéis à des directives venues de l'extérieur et qui étaient donc orientées vers le bénéfice d'autres catégories de personnes. Il est clair, par exemple que les théories néolibérales ont pour objectif premier la satisfaction des classes les plus aisées de la société comme le prouve d'ailleurs les statistiques économiques qui montrent que les plus riches se sont enrichis ces dernières années en occident, tandis que les plus pauvres s'appauvrissaient...

Le monde ouvrier ne sait plus de nos jours, à qui s'adresser pour assurer sa défense et il a tendance à placer son espoir dans les partis qui ne semblent pas encore corrompus par le pouvoir, c'est à dire les partis d'extrême droite. Compte tenu de ce que l'on peut attendre de ces partis, s'ils venaient à prendre le pouvoir, on est en droit de craindre que l'avenir ne réserve une nouvelle période d'amère déception à la classe des plus défavorisés.

On constate donc un éloignement progressif des partis de gauche des vrais problèmes des classes les plus pauvres et un alignement de leurs positions sur celles des classes les plus riches et, notamment,des financiers internationaux qui contrôlent la mondialisation. Il faut que la gauche se recentre sur la résolution des problèmes réels des classes les moins favorisées et parmi ceux-ci du plus important, soit l'emploi. Il est évident que l'on ne peut favoriser l'emploi local ou régional voir national en acceptant la loi du profit maximum pour les entreprises dans un contexte d'abaissement des taxes aux frontières. En procédant ainsi on aboutit à la délocalisation des emplois et à l'augmentation du chômage. La suite de l'histoire est difficile à prévoir mais une classe qui n'a plus d'espoir risque de se révolter de façon violente et difficile à contrôler...

dimanche 20 février 2011

Les "glissements" politiques

Depuis un certain temps, on observe une tendance des membres des partis politiques à oublier leurs engagements en faveur de tel ou tel parti pour devenir membre d'un autre parti.

En France, le Président Sarkozy a gagné une relative célébrité en recrutant dans ses gouvernements ou en facilitant l'accès à de hautes fonctions, des membres des partis de gauche et, notamment du Parti socialiste (PS). Le recrutement de l'ex socialiste Eric Besson comme ministre, est encore dans tous les esprits. On pourrait ainsi dénombrer une quinzaine de personnalités de gauche qui ont cédé à la tentation de l'ouverture faite par le Président Français.
Ce phénomène n'est pas spécifique à la France. Il peut s'observer dans bien des pays, en Europe, et est aussi à l'oeuvre en Amérique du Nord et au Québec notamment. L'Histoire du Québec révèle de nombreux "glissements" de ce type. Parmi les plus spectaculaires et les plus récents, on pourrait citer la nomination de la journaliste Michaëlle Jean au poste de Gouverneur Général du Canada par le Premier ministre Libéral Paul Martin. Cette nomination souleva une polémique au Québec du fait des engagements précédents de la journaliste en faveur des souverainistes québécois. Plus récemment encore, un ancien Premier ministre du Québec, membre du Parti Québécois, Lucien Bouchard, vient d'accepter d'être nommé, par le Premier ministre Libéral, à la présidence du Conseil de l'Association pétrolière et gazière du Québec. Une ex ministre "péquiste" (membre du Parti Québécois), Diane Lemieux, vient d'accepter la Direction de la Commission de la Construction du Québec... Aux Etats-unis d'Amérique on se souvient encore de l'achat de certains votes au moment des élections importantes.

Parallèlement, on observe, particulièrement dans l'ensemble des pays les plus riches, une tendance à la désaffection des citoyens à l'égard de la vie politique. Le nombre des adhérents aux partis politiques ou aux syndicats est en baisse, et les citoyens sont de moins en moins nombreux à se définir politiquement par identification à un parti. Enfin, les grandes associations d'obédience politique ou religieuse, notamment les associations de jeunesse, les syndicats, ont vu fondre leurs effectifs. Les programmes des partis politiques sont de moins en moins différentiés de sorte que la "Gauche" et la "Droite" en viennent à se confondre. Il faut aller, de plus en plus, vers les extrémités de l'échiquier politique pour distinguer des différences entre les partis. Ceci peut, d'ailleurs, expliquer, en partie, la montée des partis d'extrême droite observée dans le monde. En ce sens, on peut dire qu'un certain processus de dépolitisation est en cours.
Il est clair que ce phénomène ne peut pas rester sans conséquence sur la vie politique et peut donc, au moins en partie, expliquer les "glissements politiques" dont il a été question plus haut. Les citoyens, quels qu'ils soient, étant moins ancrés au sein de certitudes politiques peuvent plus facilement pratiquer le "zapping politique". D'ailleurs c'est un phénomène bien connu des instituts de sondage : il n'est plus rare de voir des électeurs de gauche reporter leurs votes sur des candidats de droite et réciproquement. Il est d'ailleurs particulièrement signifiant de voir, comme cela a pu être observé en France notamment, des électeurs basculer de l'extrême gauche à l'extrême droite ou l'inverse... Mais de plus en plus, les glissades des politiciens viennent nourrir la dépolitisation populaire.

Ces constatations s'accompagnent, en outre, d'un manque de dirigeants charismatiques, ainsi que d'une absence de mobilisation puissante autour de grands projets. Dans un tel contexte, sans projet à échelle mondiale, sans leader et sans foi, il n'est pas étonnant de voir errer les personnes entre les différentes opportunités politiques qui s'offrent à elles.
De façon plus précise, on connait de grands projets susceptibles de mobiliser le monde. Pour n'en citer que quelques uns : le développement durable, la lutte contre les changements climatiques, le combat pour une répartition plus harmonieuse des richesses, la construction d'ensembles internationaux solidaires, l'abolition des frontières, la gestion des flux migratoires,... Cependant, ces projets ne sont pas encore portés par des groupements ou par des personnes suffisamment charismatiques pour pouvoir rassembler les peuples sur une grande échelle.

Il ne faut pas désespérer pour autant, de voir des changements durables se produire. Les révoltes récentes qui se sont, ou qui sont en cours, produites dans le monde arabe, montrent que, même dans un tel contexte difficile, une amorce de changement reste possible. Les populations lorsqu'elles ont atteint un certain niveau de désespoir, n'ont plus rien à perdre et, alors, la révolte peut éclater à la moindre étincelle. Malheureusement, la révolte, à elle seule, n'est pas garante de l'atteinte des objectifs souhaités et les divisions, lorsque le projet n'est pas clair, peuvent toujours venir obérer l'avenir.

Il me semble donc que ces "glissements politiques" peuvent constituer un bon indicateur du niveau de déliquescence des convictions politiques des citoyens. Ils sont le témoignage d'une perte de confiance en l'avenir ainsi que d'absence de consistance dans le débat politique.

Dans un monde sans idéologies, sans utopies, sans certitudes, l'aventure est toujours au coin du chemin... L'évitement des chemins sans issus ne pourra venir que d'un renforcement de la prise de conscience individuelle des citoyens relativement à l'avenir de notre planète. Une fois chacun d'entre nous convaincu de la voie à suivre, une fois que chaque citoyen aura fait sien un projet d'avenir solidaire pour le monde, alors la prise de conscience collective sera possible et le changement durable à l'horizon...