lundi 16 avril 2012
Vu de France...
En effet, imaginez un pays à structure fédérale, constitué de dix Provinces ayant chacune un gouvernement responsable dans des domaines précis et distincts des domaines de compétence de l'Etat fédéral. Imaginez que certains partis politiques peuvent être uniquement à base provinciale et donc, ne peuvent agir qu'au niveau provincial. Ils participent ainsi à l'élection du gouvernement de leur province mais ne peuvent pas intervenir au plan fédéral, ni au plan des autres provinces. C'est, par exemple, le cas du « Parti Québécois » (PQ) dans la province de Québec. Les citoyens québécois qui partagent les idées du PQ, lorsqu'ils veulent intervenir au niveau fédéral, sont obligés de le faire à travers un autre parti politique, représenté, lui, au niveau fédéral, le « Bloc Québécois »... Pire encore, certains partis politiques provinciaux n'ont pas de « correspondants » au niveau fédéral. C'est par exemple le cas, au Québec, de la « Coalition Avenir Québec ». Un tel parti politique s'interdit donc, par nature, de pouvoir intervenir sur des projets qui touchent à la fédération canadienne.
Si l'on considère le cas des municipalités la situation se complique encore plus... Dans ce cas, ce sont les partis politiques provinciaux et fédéraux qui ne peuvent participer à l'élection des édiles municipaux. Chaque maire a ainsi son propre parti municipal qui est indépendant des partis politiques provinciaux et fédéraux. C'est, par exemple, le cas à Montréal où le maire Gérald Tremblay est à la tête de son propre parti municipal, « L'Equipe Tremblay-Union Montréal ». Ainsi, si un parti fédéral produit un projet pour son pays, le Canada, et que ce projet concerne les provinces et les villes du pays, il ne peut intervenir directement qu'au niveau fédéral mais pas au provincial, ni au niveau des municipalités! S'il souhaite le faire, il ne le pourra qu'indirectement... A l'inverse, un maire qui voudrait développer un projet nécessitant des appuis aux niveaux provincial et fédéral ne peut pas le faire au travers d'un même parti politique mais doit négocier avec les différents partis intervenants aux niveaux supérieurs de la hiérarchie institutionnelle du Canada. La situation d'un maire en France, membre du Parti socialiste par exemple, et élu comme tel, est tout de même plus simple! Le centralisme français s'il possède ses inconvénients a aussi quelques avantages...
Faut il rechercher dans cette complication institutionnelle les causes des difficultés vécues par les citoyens canadiens ? Pensons, par exemple, aux difficultés soulevées par le remplacement des ponts sur le Fleuve Saint-Laurent à Montréal... Ces ponts sont gérés par le niveau fédéral mais les accès à ces ponts relèvent du provincial, voire de la ville de Montréal... Il est aussi légitime de s'interroger pour savoir si les divisions administratives cloisonnées ne sont pas propices au développement de la corruption?
mercredi 15 février 2012
Comment les partis de gauche ont rejeté les classes pauvres à droite.
Pour de nombreux analystes, ce mouvement vers la droite reflèterait la difficulté de la gauche à penser ses rapports avec le capitalisme et la mondialisation. Je voudrais, faire état ici d'une explication supplémentaire ou complémentaire.
A l'époque du communiste triomphant, en URSS et dans les pays d'Europe de l'est notamment, les partis de gauche en occident ont eu tendance à privilégier des politiques susceptibles de venir en aide aux pays communistes au lieu de proposer des solutions aux problèmes réels que rencontraient les classes pauvres dans leur propre pays. C'est l'époque où l'on disait que les dirigeants des partis communistes d'Europe occidentale allaient chercher leurs ordres à Moscou. Dès lors on peut comprendre que naisse, déjà entre les années 1920 et 1980 environ, une certaine déception des classes pauvres. Souvenons-nous de la signature des Pactes Germano-Soviétiques en 1939... La chute du mur de Berlin en 1989 viendra concrétiser l'échec des partis communistes en Europe de l'est et en Union soviétique. On peut donc dire que dans cette aire géopolitique, les communistes ont échoués à conduire la classe ouvrière sur la voie du bien être. Cette grande déception a été difficilement vécue par tous ceux qui ont cru en l'espoir d'un mieux être à venir dans ces territoires communistes... Nous pensons que cet échec n'aurait certainement pas eu les mêmes conséquences au sein du monde occidental si les partis politiques de gauche en Europe occidentale avaient su prendre leur distance avec ceux des pays de l'est et, s'ils avaient accordé la priorité à la résolution des problèmes de leurs concitoyens... Le glissement vers la droite des partis de gauche me semble donc dater des années 30. Accessoirement d'ailleurs, on peut noter que ce glissement entraine, presque automatiquement, la dérive vers l'extrême droite des partis de droite...
La droitisation des classes pauvres va se poursuivre avec l'échec des partis sociaux-démocrates qui, à partir du moment où ils sont parvenus au pouvoir en Europe occidentale, n'ont fait que gérer le capitalisme et la mondialisation à la façon des partis de droite. Le début du déclin de la social-démocratie peut être daté des années 1960. Entre les années 1960 et maintenant, les partis sociaux démocratiques en Europe du Nord ont perdu environ 20% de leurs votes.
En France, depuis les années 70, les statistiques et les sondages permettent de vérifier un recul de la corrélation entre classe sociale et électorat. Le monde ouvrier quitterait la gauche selon le journal « Le Monde » : « En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait 74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %. La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de l'élection présidentielle de 2002, près du tiers des ouvriers qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême droite. » (c’est-à-dire en fait près du tiers de ceux qui ont voté, et non près du tiers du total). Autre exemple probant (journal « Le Monde » en date du 12-13 f évrier 2012) : « dans la ville de Västeras en Suède qui fût dans le temps la région la plus sociale-démocrate de Suède, on voit aujourd'hui la gauche au coude-à-coude avec la droite et c'est généralement l'extrême droite qui fait pencher la balance ». La suite logique de ces déceptions aboutit à la situation d'aujourd'hui. Là encore, les partis socialistes ont été puiser leur inspiration dans les théories néolibérales plutôt que de tenter de résoudre les vrais problèmes de la classe démunie, à savoir les questions de l'emploi, de l'éducation et de la santé...
Les partis de gauche européens ont donc d'abord été inféodés au parti communiste d'URSS puis, aux thèses néolibérales et à la mondialisation issues du monde anglo-saxon. Ils n'ont donc, en pratique, jamais tentés de résoudre les vrais difficultés rencontrées par les citoyens les plus pauvres de leur pays mais ils ont plutôt obéis à des directives venues de l'extérieur et qui étaient donc orientées vers le bénéfice d'autres catégories de personnes. Il est clair, par exemple que les théories néolibérales ont pour objectif premier la satisfaction des classes les plus aisées de la société comme le prouve d'ailleurs les statistiques économiques qui montrent que les plus riches se sont enrichis ces dernières années en occident, tandis que les plus pauvres s'appauvrissaient...
Le monde ouvrier ne sait plus de nos jours, à qui s'adresser pour assurer sa défense et il a tendance à placer son espoir dans les partis qui ne semblent pas encore corrompus par le pouvoir, c'est à dire les partis d'extrême droite. Compte tenu de ce que l'on peut attendre de ces partis, s'ils venaient à prendre le pouvoir, on est en droit de craindre que l'avenir ne réserve une nouvelle période d'amère déception à la classe des plus défavorisés.
On constate donc un éloignement progressif des partis de gauche des vrais problèmes des classes les plus pauvres et un alignement de leurs positions sur celles des classes les plus riches et, notamment,des financiers internationaux qui contrôlent la mondialisation. Il faut que la gauche se recentre sur la résolution des problèmes réels des classes les moins favorisées et parmi ceux-ci du plus important, soit l'emploi. Il est évident que l'on ne peut favoriser l'emploi local ou régional voir national en acceptant la loi du profit maximum pour les entreprises dans un contexte d'abaissement des taxes aux frontières. En procédant ainsi on aboutit à la délocalisation des emplois et à l'augmentation du chômage. La suite de l'histoire est difficile à prévoir mais une classe qui n'a plus d'espoir risque de se révolter de façon violente et difficile à contrôler...
vendredi 25 novembre 2011
Naissance d'une nouvelle forme de démocratie?
La démocratie occidentale, dite « représentative », est en bien piteux état. C'est un constat que chacun peut faire sans difficulté. Quelques exemples : dans l'Union Européenne, le tandem Sarkozy-Merkel s'arroge, sans en avoir été démocratiquement chargé, la direction de la lutte contre la crise de la dette au mépris des autres Etats de l'Union et des instances européennes; en Russie le tandem Poutine-Medvedev s'attribue en alternance les rôles de Premier ministre et de President, élections après élections; en Grèce les élus du peuple se font cracher dessus à chacune de leur apparition publique; partout dans le monde dit « libre », les taux d'abstention aux différentes élections battent des records; partout la représentativité des partis politiques est en chute libre... Dans les pays les moins riches, la situation de la démocratie est encore plus périlleuse avec, notamment, des chefs d'Etat qui accaparent le pouvoir à vie au profit de leur clan...
Dans le même temps, on observe une montée en puissance des grands mouvements citoyens qui semblent avoir trouvé un moyen d'intervention efficace sur la politique de leur pays, en descendant dans les rues et en manifestant jusqu'à la satisfaction de leurs souhaits. Les récentes révoltes dans le monde arabe en sont une illustration remarquable. On le constate ainsi en Egypte où, après avoir chassé le President Moubarak, et après avoir connu une période d'accalmie, les Egyptiens sont aujourd'hui de nouveau sur la Place Tahrir pour réclamer, cette fois, le départ du pouvoir des militaires, estimant n'avoir pas encore obtenus satisfaction sur les questions essentielles qui ont motivées leur révolte.
Le mouvement transnational des « Indignés » en est un autre exemple. La rue est devenue le lieu privilégié de l'expression citoyenne. La côte des politiciens, telle que révélée par les sondages d'opinion, n'a jamais été aussi basse partout dans les démocraties occidentales.
Souvenons nous : dans la Grèce antique, vers le VIè siècle avant Jésus Christ, les Athéniens créent la « démocratie directe » en permettant la discussion des lois par le peuple sur la place publique, sur « l'Agora ». A Athènes, toutes les décisions politiques étaient prises par la majorité simple dans des assemblées nombreuses jusqu'à plusieurs milliers de citoyens après un débat de quelques heures. C'était une démocratie d'assemblée et non pas parlementaire. Ainsi le rôle de la parole était très important, non
seulement pour discuter les lois, mais aussi au tribunal pour se défendre. Tout devait être publié, oralement ou par écrit. Les assemblées n'étaient pas seulement des organes de décision, mais un forum où un grand nombre de questions étaient portées à la connaissance du plus grand nombre possible de citoyens. Quand les travaux étaient terminés, les discussion se poursuivait à l'Agora et dans les boutiques populaires. l'Agora, édifiée au nord-ouest de l'Acropole, constituait le centre administratif, religieux et commercial de la cité. La démocratie athénienne était aussi caractérisée par une absence de parti politique.
Imaginons : si demain les responsables politiques faisaient preuve de maturité en acceptant, sans la réprimer dans le sang (comme on peut le voir aujourd'hui, par exemple, en Syrie), l'expression politique des citoyens par des rassemblements de masse dans l'espace public, n'aurions nous pas retrouvé là une forme de démocratie directe ? Cette « nouvelle démocratie » pourrait d'ailleurs, avec profit, être accompagnée de la fin des privilèges exorbitants accordés aujourd'hui aux responsables politiques. En d'autres termes, les politiciens actuels seront-ils assez mûrs pour accepter de perdre une grande partie de leur pouvoir et des avantages qui s'en suivent pour redonner la parole au peuple? Ils peuvent, c'est sûr, se détourner de cette perspective et poursuivre sur la lignée actuelle mais alors, ils prendront le risque d'une remise en cause brutale de leurs prérogatives... Peut-être que nous aurions là un moyen de redonner confiance aux citoyens tout en régénérant la vie politique en lui insufflant un nouveau dynamisme puisé directement à la source du peuple.
lundi 28 février 2011
Derrière le futile en politique
On ne peut qu'être surpris par le fait que certains ministres puissent perdre leur poste sur le simple constat d'une erreur de parcours plus ou moins réfléchie, comme c'est le cas de l'ex ministre des Affaires Etrangères Michèle Alliot-Marie en France, alors que des erreurs qui paraissent plus fondamentales ne les conduisent pas hors du sérail gouvernemental. Avoir lancé un débat sur l'identité nationale au risque de raviver des difficultés internes à la France n'a pas couté son poste de ministre à Eric Besson... Le fait d'avoir permis au dictateur Libyen, Mouammar Kadhafi, de planter sa tente à proximité du Palais de l'Elysée, n'a pas entrainé la chute du président de la République française. Le choix de G. Bush d'attaquer l'Irak ne l'a pas conduit à la démission...
Tout se passe donc comme si, souvent, le futile prenait plus d'importance que l'essentiel dans le cadre de nos sociétés modernes hyper communicantes.... Dans ces sociétés, l'opinion publique se trouve constamment manipulée par les médias et par les instituts de sondage qui mesurent en permanence les effets de la communication médiatique sur les populations. La gouvernance est donc, en réalité aux mains de ceux qui détiennent les pouvoirs au sein de ce couple infernal. Dès lors, il devient très important de connaître quels sont ceux qui sont cachés derrière les directions de ces instruments médiatiques. Souvent, il s'agit de financiers qui apparaissent donc comme les véritables détenteurs du pouvoir.
Les opérations de concentrations médiatiques ont, certes, des objectifs financiers : il faut accroître les parts de marchés mais, incontestablement, elles ont aussi des répercussions ou des ambitions politiques en terme de pouvoir.
Quelle est la situation en France ?
Arnaud Lagardère, ami intime de l’actuel chef d’état, possède les éditions Hachette, Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, Le Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz et Dunod ; les magasins Relay, et Virgin ; les titres de presse Paris-Match, Elle magazine, le Journal du Dimanche ; les stations radio Europe1, Europe 2, RFM ; les chaînes de télévision Canal J, MCM, Mezzo, Tiji, Match TV, la chaîne météo, CanalSatellite, Planète, Planète Future, Planète Thalassa, Canal Jimmy, Season, CinéCinéma, AlloCinéInfo et EuroChannel .
Martin Bouygues (ami intime de l’actuel chef d’état, parrain d’un de ses fils) et sa famille possèdent les chaînes de télévision TF1, LCI, Odyssée, Eurosport, Histoire, UshuaïaTV, S Star, Cinétoile, Cinéstar, Télétoon, Infosport, Série Club, TF6, TV Breizh ; les sociétés de production de films : Téléma, Film Par Film, TF1 Film Production, les sociétés de distribution de films : TFM, la société d’édition vidéo : TF1 Vidéo, les magazines Tfou Mag, Star Academy, et pour la presse écrite quotidienne gratuite : Métro.
Serge Dassault, proche de l’actuel chef d’état, et sa famille possèdent Le Figaro, L’Express et le Figaro Magazine.
Avec ces 3 personnes nous avons listé notamment le 1er éditeur de France, le 2ème libraire de France, le 1er quotidien de France, la 1ère chaîne de télévision de France si ce n’est d’Europe. Dans ce pays, la plus grande partie des médias est donc détenue par cinq empires financiers : Bouygues, Dassault, Lagardère, Bertelsmann (groupe RTL, M6), Vivendi-Universal (canal+, SFR).
Ajoutons encore Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, qui fut témoin de mariage de l’actuel chef de l’état et qui possède Les échos. Vincent Bolloré, proche de l’actuel chef de l’état au point de lui prêter son yacht pour les vacances, possède la chaîne de télévision Direct8, les journaux gratuits Direct Soir et Matin Plus, en plus du groupe publicitaire Havas contenant RSCG de Jacques Séguéla.
Qui possède les instituts de sondage en France ?
- CSA est possédé par Vincent Bolloré. - IFOP est dirigé par Laurence Parisot, par-ailleurs présidente du Medef, organisation dont le frère de Nicolas Sarkozy fut vice-président jusqu’à fin août 2006, et invitée à la petite fête de la victoire de mai 2007 au Fouquet’s. - IPSOS a pour administrateur notamment Nicolas Bazire, conseiller personnel de Nicolas Sarkozy et témoin de son dernier mariage. Pierre Giacometti, directeur général d’Ipsos France, lui aussi invité du Fouquet’s. - Opinionway, a été fondé par Hugues de Cazenave.
La SOFRES qui a pour actionnaire les fonds d’investissement américain Fidelity ; LH2 (ex-Louis Harris) qui a été vendu par TNS à deux de ses dirigeants et BVA qui a pour actionnaires les fonds d’investissement Rothschild.
On s’aperçoit que cette concentration est très voisine de l’actuel chef de l’Etat !
La France est loin de se singulariser en la matière....
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dimanche 21 novembre 2010
L'incohérence en politique
Le chômage des jeunes en France : les gouvernements se succèdent, passant de la gauche à la droite ou réciproquement, les bonne intentions des responsables politiques s'affichent régulièrement et pourtant, malgré un effort financier le plus important des pays de l'OCDE, le taux de chômage des jeunes en France reste le double de la moyenne nationale, 20,7% pour l'année 2000, contre 11,8% pour l'ensemble des pays de l'OCDE. En février 2010, soit 10 ans plus tard, ce taux en France est encore de 25%... Ce phénomène est loin d'être limité à la France, il touche beaucoup de pays. "Le chômage des jeunes dans le monde a atteint le plus haut niveau jamais enregistré et devrait encore augmenter en 2010", a précisé le BIT dans un rapport sur l'emploi des jeunes. Le taux de chômeurs est passé de 11,9 % en 2007 à 13 % l'année dernière. Il devrait progresser légèrement à 13,1 % en 2010 avant de retomber à 12,7 % l'année suivante, selon les projections de l'organisation.
Les raisons de cet échec sont multiples même si on sait, aujourd'hui, que le chômage des jeunes amplifie les fluctuations de la conjoncture économique. Toutes les études le montrent, le diplôme est encore la meilleure protection contre le chômage, mais les phases de raréfaction de l'embauche conduisent à une déqualification des emplois, les plus diplômés acceptant des postes occupés, dans les phases de haute conjoncture, par des diplômés de niveaux intermédiaires ; en fin de chaîne ce sont les moins qualifiés qui pâtissent le plus de la basse conjoncture.
Si l'on considère la question de la formation des jeunes et de leurs qualifications, qui interviennent aussi dans leur avenir professionnel, on retrouve un schéma voisin de celui décrit ci-dessus. En effet, les responsables politiques, pourtant conscients de l'importance de la formation en matière d'emploi, n'ont pas réussi au cours des années, à faire croître le taux de diplômés d'une classe d'âge donnée. En 1970, la France par exemple, avait un pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur inférieur à la moyenne de l'OCDE. Aujourd'hui, c'est toujours le cas pour les diplômes de l'enseignement supérieur long : 24% contre 27% pour l'OCDE et 33% pour l'Europe. Une particularité de la France est le faible taux de scolarisation des 20-29 ans et surtout le fait que ce taux n'ait pas augmenté depuis 1995...
Or, si l'embauche, toutes catégories de la population et tous pays confondus, diminue c'est en grande partie à cause des délocalisation des emplois que permet la mondialisation libérale, par ailleurs tant vantée et soutenue par les responsables politiques. Les pays capitalistes développés et leur instrument, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), poussent au démantèlement général des barrières douanières. Celui-ci est déjà très avancé pour l’industrie. L’agriculture est encore un sujet de conflits (pour des raisons de compromis sociaux, l’Europe et les USA ont chacun des systèmes de protection et de subvention de leur agriculture). Les services constituent un chantier hétérogène et conflictuel (nouveau champ de profit, tentatives de remise en cause des services publics). La mondialisation de la finance est la modalité la plus avancée de la mondialisation, même si ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’on est en présence d’un rôle important des marchés financiers (fin XIX°). La plupart des pays du monde ont aujourd'hui libéré les entrées et sorties de capitaux, dont les mouvements internationaux augmentent et s’accélèrent. Tous ces développements sont organisés, soutenus et valorisés par les politiciens au pouvoir dans la plupart des démocraties occidentales.
Dès lors, comment croire le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il a affirmé, mardi 16 novembre 2010, à la télévision française, que "le chômage reculera l'année prochaine" et que l'engagement du gouvernement sera "total sur ce front-là", notamment en faveur des licenciés économiques et des jeunes. Que l'on soit libéral, néolibéral ou ultra-libéral ne change rien au fait que les gouvernements résistent peu à l'extension tous azimuts de la mondialisation et participent même à sa mise en place... En conséquence de quoi, il est difficile de les croire lorsqu'ils affirment à l'intérieur de leurs frontières, vouloir faire diminuer le chômage des jeunes tout en négociant à l'extérieur des frontières nationales, l'extension de la mondialisation libérale... Ce faisant, ils se privent eux-mêmes des moyens nécessaires à la résolution des difficultés vécues par leurs citoyens.
Mais les exemples de l'incohérence et de l'impuissance des responsables politiques ne sont pas restreints à la seule France. Le cas suivant est pris au Canada-Québec en donne une autre illustration.
Le système de santé au Québec : il est un fait avéré que le système de santé au Québec présente, depuis fort longtemps, des difficultés : les dépenses colossales qu’il nécessite sont accompagnées de services limités et de temps d’attente trop longs. Les débats pour trouver des sources de financement se multiplient, alors que beaucoup pensent qu’il serait insensé de majorer le fardeau fiscal des Québécois, déjà un des plus élevés en Amérique du Nord. Certaines solutions se dessinent, mais restent controversées : l’implantation de frais modérateurs et l’ouverture vers le privé. La question des temps d'attente, dans les services d'urgences notamment, semble exemplaire : ceux-ci ne font que croître régulièrement, alors même que les responsables politiques, lors de chaque élection, font la promesse de faire diminuer ces temps... Le temps d'attente médian, au Québec, entre la référence par un omnipraticien et le début du traitement est passé de 7,3 semaines en 1993 à 16,5 semaines en 2009, ce qui représente une augmentation d'un peu plus de 2 mois. Ce temps d'attente est plus élevé que la moyenne canadienne qui était de 9,3 semaines en 1993 et de 16,2 semaines en 2007. Les programmes électoraux des différents partis, lors de chaque élection pratiquement, mettent la question de la santé à l'ordre du jour. Ainsi, en 2003, la santé constituait une des priorités du programme du Parti libéral du Québec qui a remporté les élections. Aujourd'hui néanmoins la question reste entière...
Aux dires de nombreux québécois, leur système de santé fonctionnait assez bien jusqu'en janvier 1996, date de l'arrivée de Lucien Bouchard (Parti Québécois) au poste de Premier Ministre du Gouvernement du Québec. Le budget provincial voté en 1999 fait état d'un déficit budgétaire nul obtenu par des coupes importantes dans les services publics et dans la santé notamment. Le déficit du Québec, dans les années 1996 et 1997, avait été, en outre, aggravé par les coupures de 2,3 milliards de dollars du gouvernement fédéral dans les soins de santé. Afin d'obtenir l'annulation du déficit budgétaire, les responsables politiques québécois ont forcé le départ de 33000 personnes travaillant dans le système de santé : 1500 médecins, 4000 infirmières, 1800 auxiliaires ont pris volontairement et prématurément leur retraite tous en même temps. Dès lors, après avoir terrassé le système de santé, les politiciens se sont attelés à la tâche de le remettre en état!
Pire encore, le Parti Québécois qui est resté au pouvoir pendant une longue période (entre 1976 et 1985, puis entre 1994 et 2003) a contribué, par ses arguments, à faire croire aux citoyens québécois que l'appel au privé en matière de santé était une quasi hérésie. Si bien, qu'aujourd'hui encore, nombre de québécois sont réticents à faire appel au privé dans ce domaine, alors que chacun pourrait facilement comprendre que , dans un contexte de pénurie, ce n'est pas tant le privé qui est condamnable mais plutôt la façon dont le Gouvernement l'insèrerait au sein du système de santé. Le système de santé en France est souvent cité comme une référence mondiale et pourtant il fait appel au privé...
Encore une fois, cet exemple montre à la fois l'incohérence et le peu de vision à long terme des responsables politiques qui semblent, en outre, ignorer le fait que construire est souvent plus long et plus difficile que détruire...
Le cas de l'Union européenne : on constate, au cours de la crise actuelle particulièrement, combien la gouvernance de l'Union européenne est difficile. A une période où il serait nécessaire de faire preuve d'unité et de cohésion, les chefs d'Etats européens ne cessent de se diviser, de s'opposer, rendant chaque jour la situation de l'Union plus délicate et la fragilisant toujours plus... Lorsque les pères fondateurs de l'Europe ont entamés la « grande marche » vers la création de l'unité européenne, ils devaient, sans aucun doute, avoir en tête la projection future vers une gouvernance supra nationale de cet ensemble de nations. Or, leurs successeurs, même s'ils ont acceptés, apparemment sans réticence, de chevaucher le cheval de l'union, n'ont cessés de faire ressurgir les vieux démons nationaux à la moindre difficulté. Ils n'acceptent qu'avec beaucoup de précautions de perdre un pouce de leur pouvoir national au profit de l'Union. Lors de chaque élection nationale au sein des pays de l'Union européenne, il est remarquable de constater que les programmes des candidats ou des partis politiques sont, avant tout, des programmes nationaux et, que pratiquement rien n'est dit sur l'avenir de l'Union elle même. Quand verra t-on une élection nationale en Europe mettre en avant les questions proprement européennes ? Les difficultés actuelles de l'Europe dans les domaines monétaire, social ou économique sont en grande partie le résultat de ces divisions ou de cette indifférence envers les problèmes supra nationaux... Peut-on vouloir créer une nouvelle entité rassemblant vingt sept pays tout en maintenant la gouvernance au niveau de chaque nation ? Est-il raisonnable de s'engager dans le processus de la construction européenne tout en oeuvrant, en chaque occasion, à la construction de sa seule et propre nation ? Pourtant, il faut savoir que l'échec de l'Union européenne serait, à coup sûr, l'échec de chacune des nations constitutives. Le coup à payer, dans une telle éventualité serait considérable et les responsables politiques d'un tel désastre ne s'en relèveraient pas. Les citoyens européens ne doivent perdre de vue ce point de façon à pouvoir constamment le rappeler à leurs dirigeants....
Il serait facile de multiplier les exemples allant dans le même sens. Après s'être enlevés les moyens d'agir, dans une situation difficile donnée, nos responsables sont souvent portés à croire qu'il suffit de faire des promesses inconsidérées ou de la surenchère gratuite pour pouvoir séduire leur électorat et ainsi faire taire ses réticences. C'est, par exemple le cas du président français, Nicolas Sarkozy, qui a basé sa première campagne présidentielle sur la notion de « rupture », une nouvelle façon sans doute de qualifier la « révolution tranquille » chère aux Québécois. Trois ans après son accession au pouvoir, les français sont encore à la recherche de cette fameuse rupture. En tous cas, s'il y en a une elle est loin d'avoir améliorée la situation des citoyens français qui, aujourd'hui sont placés dans une situation socio- économique plus détériorée qu'avant l'élection. Pire encore, en prévision de la prochaine élection présidentielle de 2012, la « seconde rupture » semble déjà se profiler dans le programme électoral du candidat Sarkozy... Y croire serait, cette fois, faire preuve de masochisme de la part des citoyens français... L'incohérence en politique est source d'inefficacité, d'indécision et ouvre la porte à la perte de confiance des citoyens, au développement de l'individualisme et même à la corruption.
En conclusion, il ne faut pas oublié que, dans les sociétés démocratiques, les responsables politiques sont, généralement, les représentants, souvent élus, des citoyens. En conséquence, il apparaît utile que les citoyens, eux aussi, s'interrogent sur la cohérence de leurs choix politiques...
vendredi 28 mai 2010
Sur la Science et la politique
Depuis quelques temps enfle une polémique autour de la question du réchauffement climatique. Une partie de ce débat est alimentée par l'ancien ministre Claude Allègre qui a publié récemment aux éditions Plon, un livre intitulé « L'imposture climatique ». Dans cet ouvrage, l'auteur jette un doute argumenté sur la question des origines du réchauffement climatique. Je ne reviendrai pas sur les arguments évoqués dans ce débat. Ce qui m'intéresse ici est plutôt l'instrumentalisation politique constante que subissent les sciences du climat. Le débat scientifique se trouve pollué par l'intrusion d'arguments de nature politique au point que, souvent règne une grande confusion qui n'est guère favorable à permettre aux non spécialistes d'y voir clair. Ceci est très dommageable car, si les scientifiques ne parviennent pas à convaincre le monde des dangers de la situation au plan climatique, il est, par voie de conséquence, peu probable que les décideurs politiques soient un jour en mesure de prendre des décisions susceptibles d'améliorer la situation. N'oublions pas que, dans une démocratie, les hommes politiques sont censés représenter l'opinion de leurs concitoyens. Cette implication forte de la politique dans les questions scientifiques me semble, en fait, le résultat d'une politique voulue et mise en place par les gouvernements successifs, au moins en France. Souvenons-nous du débat ancien sur les intérêts respectifs de la recherche fondamentale et de la recherche finalisée. Alors que par le passé, la recherche fondamentale était pratiquement la seule à pouvoir être qualifiée de « vraie » recherche, les politiciens, placés devant la question difficile du financement des travaux de recherche et, incapables de mettre en place des mécanismes de financement adéquats, ont trouvé LA solution au problème : contractualiser la recherche, en imposant aux laboratoires de signer des contrats dont l'objectif principal était de permettre à l'Etat d'encadrer la recherche en la soumettant, notamment, à son contrôle financier. L'intrusion de la politique dans le pilotage de la recherche a eu une conséquence prévisible soit, l'orientation de la recherche en fonction des désirs des politiciens qui devenaient de véritables bailleurs de fonds. Mais les choses ne s 'arrêtèrent pas là. Très rapidement, les carences de l'Etat en matière de financement l'ont conduit à promouvoir une recherche sur objectifs, une recherche finalisée qui, dès lors, pouvait aussi être alimentée par des crédits en provenances du monde de l'entreprise. La collusion, la confusion était installée... Les scientifiques et les politiques étaient désormais liés étroitement et la Science avait perdue une grande partie de son indépendance, de sa capacité d'innovation, de sa créativité. On comprend mieux, dès lors, les raisons qui font qu’aujourd'hui ce sont les décisions politiques qui déterminent la Science alors que l'idéal serait de faire l'inverse. Quand on connait l'importance des sondages d'opinion dans la vie politique, on ne peut que s'inquiéter de cette tendance... Verra t’on un jour prochain les choix scientifiques décidés par des sondages d'opinion? Le principe de précaution doit-il être placé par les physiciens sur le même plan que les principes de la thermodynamique ? Il est grand temps de replacer la Science, et singulièrement son financement, à la place qu'elle n'aurait jamais du quitter, c'est à dire entre les mains des savants. Le rôle des décideurs politiques est de faire des choix raisonnés à partir des éclairages qui leurs seront fournis par les scientifiques.