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jeudi 31 mai 2012

Différences culturelles

Il est frappant pour un citoyen français qui suit quotidiennement les évènements qui se déroulent au Québec autour du mouvement de protestation des étudiants contre l'augmentation des droits de scolarité, de constater combien les choses sont différentes ici par rapport à ce que l'on connait en France dans des situations semblables. Sans vouloir formuler un quelconque jugement de valeur sur les différences de comportement entre les Québécois et les Français, il est très surprenant de voir combien le calme demeure une constante comportementale du coté américain de l'Atlantique. Les débats télévisés, par exemple, ne dérapent jamais, les interlocuteurs (étudiants, experts, politiciens, journalistes...) conservant leur calme en toutes circonstances. Il est plus qu'étonnant de voir, comme cela s'est passé dans la ville de Québec le soir du 28 mai, les personnes qui étaient massées devant le lieu où se tenaient les négociations entre le gouvernement et les leaders étudiants, se faire arrêter par la police, une par une, dans le plus grand calme. Plus de 80 personnes furent ainsi arrêtées sans qu'à aucun moment la foule des manifestants présents n'interviennent pour entraver les opérations policières. Bien sûr il y a eu quelques échauffourées avec les forces policières lors de certaines manifestations de rue, mais il faut reconnaitre que dans la majorité des cortèges de rue il n'y eu aucune violence. Le sérieux dont font preuve les leaders étudiants au cours de leurs interventions, ne se laissant jamais emporter par la colère ou la passion est vraiment surprenant. Il y a sans doute là une constatation explicable par les différences culturelles entre la France et le Quebec. Le célèbre flegme des Anglais semble avoir laissé quelques traces en Amérique du nord... Il est vrai que la présence française n'a pas été suffisamment longue (un siècle et demi sur 400 ans d'histoire) pour que la latinité s'impose...

lundi 16 avril 2012

Vu de France...

Le Canada reste un pays difficile à comprendre pour un citoyen français notamment.

En effet, imaginez un pays à structure fédérale, constitué de dix Provinces ayant chacune un gouvernement responsable dans des domaines précis et distincts des domaines de compétence de l'Etat fédéral. Imaginez que certains partis politiques peuvent être uniquement à base provinciale et donc, ne peuvent agir qu'au niveau provincial. Ils participent ainsi à l'élection du gouvernement de leur province mais ne peuvent pas intervenir au plan fédéral, ni au plan des autres provinces. C'est, par exemple, le cas du « Parti Québécois » (PQ) dans la province de Québec. Les citoyens québécois qui partagent les idées du PQ, lorsqu'ils veulent intervenir au niveau fédéral, sont obligés de le faire à travers un autre parti politique, représenté, lui, au niveau fédéral, le « Bloc Québécois »... Pire encore, certains partis politiques provinciaux n'ont pas de « correspondants » au niveau fédéral. C'est par exemple le cas, au Québec, de la « Coalition Avenir Québec ». Un tel parti politique s'interdit donc, par nature, de pouvoir intervenir sur des projets qui touchent à la fédération canadienne.

Si l'on considère le cas des municipalités la situation se complique encore plus... Dans ce cas, ce sont les partis politiques provinciaux et fédéraux qui ne peuvent participer à l'élection des édiles municipaux. Chaque maire a ainsi son propre parti municipal qui est indépendant des partis politiques provinciaux et fédéraux. C'est, par exemple, le cas à Montréal où le maire Gérald Tremblay est à la tête de son propre parti municipal, « L'Equipe Tremblay-Union Montréal ». Ainsi, si un parti fédéral produit un projet pour son pays, le Canada, et que ce projet concerne les provinces et les villes du pays, il ne peut intervenir directement qu'au niveau fédéral mais pas au provincial, ni au niveau des municipalités! S'il souhaite le faire, il ne le pourra qu'indirectement... A l'inverse, un maire qui voudrait développer un projet nécessitant des appuis aux niveaux provincial et fédéral ne peut pas le faire au travers d'un même parti politique mais doit négocier avec les différents partis intervenants aux niveaux supérieurs de la hiérarchie institutionnelle du Canada. La situation d'un maire en France, membre du Parti socialiste par exemple, et élu comme tel, est tout de même plus simple! Le centralisme français s'il possède ses inconvénients a aussi quelques avantages...

Faut il rechercher dans cette complication institutionnelle les causes des difficultés vécues par les citoyens canadiens ? Pensons, par exemple, aux difficultés soulevées par le remplacement des ponts sur le Fleuve Saint-Laurent à Montréal... Ces ponts sont gérés par le niveau fédéral mais les accès à ces ponts relèvent du provincial, voire de la ville de Montréal... Il est aussi légitime de s'interroger pour savoir si les divisions administratives cloisonnées ne sont pas propices au développement de la corruption?

mercredi 14 juillet 2010

Une illustration de la diversité culturelle franco-québécoise : le rapport au corps

Lorsque il y a un peu plus de dix ans, je suis arrivé à Montréal pour venir y résider, j'ai rapidement pu noter des différences dans le comportement quotidien des gens. J'avais l'impression de mettre mal à l'aise les femmes lorsque, en guise de salutation, je les embrassais, ou lorsque je serrais la main en toutes occasions aux hommes. Très vite, je me rendis compte qu'ici les contacts physiques n'étaient pas la règle, contrairement à ce qui se passait en France. Alors qu'en France, les bises, entre hommes et femmes, se font en série, allant parfois jusqu'à six bises sur les joues en alternance, ici un simple "Hi" ou "bonjour" suffisait à marquer les retrouvailles. Je fus aussi très surpris lorsque je me rendis compte que mon médecin généraliste québécois ne me palpait pratiquement jamais lorsque je lui rendait visite. L'examen se faisait surtout à l'aide de questions mais rarement en s'aidant de palpations du corps. Plus tard, après avoir pu connaitre plus intimement les familles québécoises, je constatais que, là aussi, la relation au corps était peu prisée. Les embrassades se limitent à une simple bise, les "jeux de mains" entre les adultes et les enfants ou entre les enfants sont généralement mal vus. Entre adultes, ils sont souvent vécus comme de véritables agressions....

En France, à l'inverse, ces mêmes contacts sont plutôt encouragés, les contacts (petites tapes, caresses,...) entre adultes et enfants semblent normales et les adultes eux-mêmes n'hésitent jamais à se toucher même si cela ne va pas aussi loin que dans les pays d'Afrique ou d'Amérique du sud où les contacts physiques font partis du code social. Les français se tapent dans le dos, se serrent les mains, s'embrassent sur les joues ou sur la bouche, se tiennent par la main,... en toutes occasions. La vie associative en France est extrèmement développée, beaucoup plus qu'au Québec... De façon générale, plus on se déplace du nord vers le sud et plus les contacts physiques entre personnes sont valorisés. Montrer le corps en France pose moins de problème que dans les sociétés nord-américaines. Il suffit de comparer les expressions de la publicité pour s'en rendre compte.

Je ne prétends pas connaître l'origine de cette différence de comportement mais, elle a sans doute une origine dans le modèle culturel dominant au Québec qui est plus anglais que français. Il faut croire que la descendance française et amérindienne des québécois a été dominée par le côté puritain des protestants anglais. En outre, la faiblesse de la densité de population au Québec aura, peut être, joué un rôle dans la mise en place de cette distance corporelle. La France, de son côté, aura sans doute été plus influencée par les cultures italienne, espagnole et africaines notamment. La religion catholique a, de plus, été moins défavorable au contact des corps que le protestantisme.

Les conséquences de cette façon de vivre sont visibles : le lien social au Québec, et sans doute plus généralement en Amérique du nord, semble plus faible qu'en France et dans les pays du sud. Tout se passe comme si le peu d'attrait pour les contacts physiques entrainait, corrélativement, peu d'intérêt pour un lien social approfondi. Les mondanités ici sont plus rares, les réceptions au sein de la demeure familiale sont réservées à la proche famille et rarement aux amis, les repas pris en famille sont plus rares et moins valorisés (une simple gamelle avalée en vitesse sur un coin de bureau fera souvent office de déjeuner), les manifestations syndicales ou politiques sont peu nombreuses (à tous les sens du terme : peu fréquentes mais aussi peu fournies), l'éducation des enfants est essentiellement basée sur le contact mère-enfant et l'enfant est peu encouragé au contact physique avec ses proches.... Tout cela concourant à renforcer l'isolement de l'individu dans une société marquée par un puissant individualisme.

Il s'agit ici seulement de participer à une réflexion qui me semble nécessaire si l'on souhaite mieux comprendre son environnement avec l'objectif de faire évoluer les sociétés...