lundi 13 août 2012
Contre le « vote stratégique »
En cette période de préparation des élections législatives au Québec, prévues pour le 4 septembre 2012, une rumeur circule de plus en plus au sein de la population : pour se débarrasser du Parti libéral (PL) et du Premier ministre actuel, monsieur Jean Charest, la meilleure stratégie serait de voter pour le Parti québécois (PQ) même si ce vote n'était pas un choix premier. En d'autres termes, il vaudrait mieux voter pour un « grand » parti plutôt que pour un « petit ». Dans le contexte québécois, sont assimilés aux « grands partis », le PL et le PQ, tandis que des partis plus récents (Québec Solidaire (QS), Coalition Avenir Québec (CAQ), Option nationale (ON)) seraient considérés comme de « petits » partis. Ce type de vote est qualifié de "vote utile" en France et de "vote stratégique" au Québec...
Il me semble que, si le changement du paysage électoral est le but visé, ce raisonnement est erroné pour au moins trois raisons :
Si les électeurs de gauche votent en masse pour le PQ en respectant un vote stratégique, alors il est normal de penser que les électeurs de droite feront le même type de raisonnement et voteront stratégiquement pour le PL. Dans cette hypothèse, on voit peu de chance de changement à l'horizon car d'une part, l'électorat se partage presque à égalité entre la gauche et la droite et, d'autre part, il est reconnu que le parti au pouvoir au moment des élections jouit d'un avantage indéniable. En conséquence, le PL aurait toutes les chances de conserver le pouvoir et il n'y aurait aucun changement dans le paysage politique du Québec.
L'examen du passé politique récent, plus précisément des dernières élections fédérales canadiennes de 2011, montre que si l'électorat avait pratiqué un vote stratégique alors le Bloc Québécois (BQ), censé représenter les intérêts des citoyens du Québec au niveau fédéral, serait toujours bien représenté au Parlement fédéral. En effet, traditionnellement, la gauche québécoise votait régulièrement et majoritairement pour le BQ assurant ainsi une forte représentation de ce parti au niveau fédéral. Contrairement à cela, il s'est produit un immense changement dans le paysage électoral fédéral avec la quasi disparition du BQ de la scène politique. Cela n'a pu se produire que parce que les électeurs ont pris le parti de voter pour un parti jusque là peu influent au Québec, le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Cette façon non stratégique de voter à permis que le NPD sorte de ces élections avec le statut d'opposition officielle alors, qu'auparavant il était considéré comme un « petit » parti fédéral.
Avec le système électoral actuellement en vigueur au Canada, avec un seul tour de scrutin, le vote stratégique ne laisse aucune chance aux « petits » partis de pouvoir devenir un jour des partis qui jouent un rôle important. La seule façon de pouvoir modifier le paysage politique dans un tel contexte est justement que chaque électeur se décide en fonction de ses convictions intimes sans adopter le vote utile ou stratégique. De cette façon, un « petit » parti peut avoir la chance de devenir un parti qui compte.
Dans le cadre de la future élection du 4 septembre au Québec, il ne faut donc pas empêcher les citoyens qui le désirent de voter pour QS, pour la CAQ ou encore pour ON car ce sont, en fait, les seuls partis susceptibles d'apporter du sang neuf, de renouveler le paysage politique du Québec, face aux partis plus anciens qui ont déjà monopolisé le pouvoir pendant de longues périodes, tels quel le PL et le PQ... Ne vaut-il pas mieux prendre le risque de voir le PL conserver le pouvoir mais avec une opposition renouvelée et rajeunie, plutôt que de voir le pouvoir occupé par un parti usé qui n'aurait face à lui qu'une opposition sans force ?
mardi 3 mai 2011
Le choc des élections fédérales
Le Bloc québécois (BQ) est quasiment rayé de la carte par la volonté des québécois, tandis que le Nouveau parti démocratique (NPD) l'emporte haut la main. Le constat est tranché et n'est sujet à aucune ambiguité. Le BQ passe de 47 députés à 4, tandis que le Parti libéral (PL) est réduit à 34 sièges au lieu des 77 acquis précédemment. Dans le même temps, le NPD conquiert 102 sièges au lieu des 37 précédents... Le Parti conservateur emporte les élections en devenant majoritaire avec 166 députés.
La première leçon de ce scrutin était prévisible, elle rappelle simplement aux politiciens notamment, qu'il n'est pas sage d'adopter pendant un temps trop long des messages ambigües, dans lesquels il y a contradiction entre les actes et les thèses défendues. Comment était-il possible de faire croire encore longtemps aux québécois que le BQ, dont la base limitée au Québec l'empêchait de devenir majoritaire, pouvait être partisan de la souveraineté du Québec tout en le représentant au plan fédéral ? La réponse des électeurs québécois est que maintenant ce sera un parti pleinement fédéral le NPD, soit un parti susceptible de devenir majoritaire, qui sera le porteur de leurs espérances.
La seconde leçon de ce scrutin est que les citoyens québécois ne veulent plus être marginalisés au sein de la fédération canadienne, ils entendent désormais peser sur les décisions fédérales au même titre que ceux des autres provinces. Bien sûr, il y a des risques dans cette stratégie, notamment celui de ne pas peser assez pour être entendu et donc de voir les souhaits des québécois peu pris en compte. Si cela se produisait, il y aurait alors le risque d'un regain de l'option souverainiste au grand dam des partis fédéralistes. Il est donc prévisible que les positions défendues par le NPD auront quelques chances d'être entendues...
La troisième leçon concerne l'avenir. Les souverainistes au Québec devraient analyser ces résultats avec beaucoup d'attention car, à mon avis, ils sont porteurs d'autres changements à venir, sur la scène provinciale notamment. Sera t-il possible de faire croire, encore longtemps, aux citoyens québécois que l'on est ardent partisan de la souveraineté alors que l'on ne la réalise pas lorsque l'on vient au pouvoir ?
La quatrième leçon est que les citoyens souhaitent que les politiciens se penchent sur les réelles difficultés qu'ils vivent au quotidien. La faiblesse du pouvoir d'achat, les difficultés du système de santé, la faiblesse des pensions de retraites, la croissance de l'écart entre les riches et les pauvres, l'enrichissement indécent de certaines catégories de la population, les questions environnementales,... Le parti vainqueur, le Parti conservateur (PC) se doit de répondre à ces demandes au moins en partie, faute de quoi il risque d'être balayé lors du prochain scrutin. La position de leader de l'opposition officielle occupée par le NPD pendant la législature qui s'ouvre lui donne toute latitude pour défendre becs et ongles la position des citoyens les plus démunis. S'il rempli son rôle avec succès, alors il pourra espérer devenir le prochain parti majoritaire du Canada.
La dernière leçon de cette élection, me semble résider dans la nécessité de voir émerger au plan fédéral, de grands projets de société susceptibles de mobiliser les canadiens. La « petite politique » qui ne s'intéresse qu'aux problèmes de telle ou telle province n'a pas de futur. L'avenir des partis à base provinciale me semble obéré. Soit le Canada fera son unité nationale sur la base de grands projets de société fédérateurs, soit l'option souverainiste au Québec reprendra de la vigueur et pourrait finir par faire éclater la fédération... Le remodelage politique issu de ce scrutin permet d'espérer une meilleure prise en compte des problèmes sociétaux à l'échelle du Canada...
lundi 28 mars 2011
Election ou malédiction ?
Le contexte électoral actuel dans le monde peut donner à réfléchir. En effet, dans les pays arabes, les citoyens sont prêts à donner leur vie afin d'installer la démocratie dans leur pays, et de pouvoir bénéficier, enfin, d'élections libres... Dans le même temps en France, au Canada et sans doute dans bien d'autres démocraties de type occidental, on constate un désintérêt, une désaffection des citoyens pour les processus électoraux.
En France, les récentes élections cantonales des 20 et 27 mars 2011, ont été marquées par des taux d'abstention importants : 55,68% au premier tour de scrutin et 54,97% au second tour. Les prochaines élections présidentielles de 2012 s'annoncent déjà dans de mauvaises conditions. La division règne au sein des états-majors politiques. Les « primaires » socialistes, par exemple, ne sont qu'un artifice pour tenter de dissimuler aux citoyens les rivalités entre des personnalités qui souhaitent toutes accaparer le pouvoir sans trop de considération pour l'intérêt général. A droite aussi les rivalités entre les candidats potentiels se font jour avec des justifications qui sont loin de prendre en compte l'intérêt national. Peut-on croire, en effet, que D. de Villepin ou F. Bayrou ou N. Sarkozy mèneraient, s'ils étaient élus, des politiques très différentes ? Toutes ces divisions, sur des bases plus personnelles que collectives, conduisent les citoyens français au refus de vote ou au vote extrémiste du type « Front national »... On est plus très loin du slogan des années 1968 « élections pièges à cons »...
Si l'on considère le Canada où des élections fédérales viennent d'être déclenchées par le Premier Ministre S. Harper, on se trouve, là aussi, dans une configuration susceptible de déprimer le citoyen. Les possibilités de choix entre des politiques distinctes pour le pays sont, en effet, plus que réduites. Deux grands partis se partagent le pouvoir depuis la création de la Confédération en 1867 : le Parti Conservateur au pouvoir actuellement et le Parti Libéral. Or, les programmes de ces deux partis sont très voisins et les différences semblent se limiter à des changements de personnalités plus qu'à de véritables orientations politiques.
La situation de la Province de Québec est encore plus difficile. En effet, depuis 1993, le « Bloc québécois » est censé représenter l'opposition du Québec au sein de la Confédération. Cette situation conduit nombre de citoyens du Québec à voter systématiquement pour ce parti en sachant qu'il ne parviendra jamais à prendre le pouvoir fédéral puisque les citoyens des neuf autres provinces ne se sentent pas représentés par ce parti. Dans la réalité, en voulant manifester leur opposition au pouvoir fédéral, le Bloc québécois ne fait que renforcer la fédération en détournant une partie des voix vers une opposition inefficace. Cette situation ne peut que réjouir les fédéralistes qui évitent ainsi d'avoir à faire face aux citoyens d'une des provinces les plus peuplée du Canada et qui conduit, dans les faits, à laisser les neuf autres provinces désigner les tenants du pouvoir à Ottawa. Le Québec n'a en réalité que deux choix : faire son indépendance ou intégrer la Confédération de façon pleine et entière. Par deux fois, les citoyens du Québec ont rejeté le premier choix. Lors des élections provinciales de 2003, le Parti québécois (parti souverainiste) a perdu la confrontation électorale, cédant le pouvoir au Parti Libéral de Jean Charest. Cette nouvelle configuration place les citoyens du Québec dans une position plus qu'inconfortable : alors qu'ils votent pour le Parti libéral aux élections provinciales, ils se trouvent conduits à voter pour le Bloc québécois (Parti souverainiste) aux élections fédérales.... Il est difficile de faire plus compliqué... Les forts taux d'abstention observés tant au plan fédéral (environ 41% en 2008) que provincial (environ 43% en 2008) témoignent de la perplexité des citoyens...
Dans les deux cas évoqués ici, celui de la France et celui du Québec, on peut avoir le sentiment que les responsables politiques mettent en avant leurs propres intérêts avant celui de la nation. Cette façon de penser ne peut qu'entretenir la confusion et alimenter la désaffection des citoyens envers les processus électoraux. Il serait temps de redonner espoir aux citoyens en leur proposant des programmes électoraux et des candidats capables de renforcer leurs motivations à participer aux processus électoraux. Sur le plan programmatique, les problèmes à résoudre ne manquent pas! La lutte contre l'appauvrissement, la formation et l'emploi des jeunes, le développement durable, la protection de l'environnement, le combat contre la corruption, etc. Pour les responsables politiques, la « potion » sera plus dure à avaler. Il faut cesser de considérer le pouvoir comme un pourvoyeur de privilèges de toutes sortes, il convient de redonner le pouvoir aux citoyens ordinaires, à ceux qui sont en contact avec la réalité de la vie quotidienne. Il faut abolir le métier de politicien... Les responsabilités politiques ne devraient êtres exercés que pendant un temps limité et confiées à des citoyens qui ne font pas de la politique leur métier... Mais cela ne doit pas exclure l'engagement des citoyens, leur droit à s'exprimer et à faire connaître leur point de vue. Eux aussi sont responsables de l'évolution des processus électoraux. Ils doivent cesser de considérer qu'une fois le pouvoir délégué, ils n'ont plus qu'à subir les décisions. Leur pouvoir est réel et les révoltes dans les pays arabes sont là pour en témoigner. Chacun d'entre nous se doit de s'exprimer, de faire connaître son avis aussi souvent que possible et pas seulement au moment des consultations électorales. Les intellectuels eux doivent jouer leur rôle de penseurs, d'esprits critiques capables de contribuer à la réflexion face à des situations confuses ou compliquées... Le Québec comme la France sont engagés dans des constructions supra nationales, la Confédération canadienne et l'Union européenne, il conviendrait, qu'enfin, les programmes électoraux et les candidats correspondants en tiennent compte... Où est le grand parti européen de gauche en France, où se trouve le grand parti de la gauche canadienne ?
mardi 7 décembre 2010
Tristes élections.
Cependant, il ne faudrait pas croire que ces maux affectent les seuls pays en développement. Les pays les plus riches rencontrent, eux aussi, des embûches sur le chemin de l'expression démocratique. Par exemple, les taux d'abstention, importants et répétitifs, qui apparaissent au moment des élections en constituent un témoignage (voir chronique du lundi 15 mars 2010 dans ce même blogue). En outre, même lorsque les électeurs prennent la peine de se déplacer en nombre suffisant, il est fréquent de constater, au bout du processus, que les parties en présence ne sont souvent différentiées que par des pourcentages de voix infimes. Tout se passe comme si, les choix de l'électorat se répartissaient quasi uniformément entre les partis ou les candidats en lice... Ainsi, même lorsque le processus fonctionne et qu'il n'est pas affecté par des perturbations (fraudes d'origines diverses, désintéressement,...), le résultat n'apparait guère probant.
Tout se passe donc comme si le processus électoral traversait actuellement une crise grave qui pourrait, si l'on n'y prend garde, le mener dans une impasse définitive et, à terme, le condamner. Il y a là une perspective extrêmement inquiétante sur laquelle les analystes politiques de tous bords devraient se pencher avec attention. En effet, faute de perspectives, la situation pourrait s'aggraver et déboucher sur une violence incontrôlable comme cela se passe, d'ailleurs, déjà dans certains pays...
On peut, certes, intervenir en agissant sur les causes multi factorielles de cette situation : la corruption, les promesses non tenues des candidats, la multiplicité des scrutins, le manque de leaders charismatiques, la disparition des idéologies, l'absence de grands projets, la sur information,... mais, même si cette action ne peut qu'être positive, elle risque de ne pas être suffisante pour enrayer le phénomène. Il importe aujourd'hui de réfléchir à des moyens d'intervenir directement sur le processus de consultation des citoyens afin de lui redonner de l'intérêt, de lui redonner vie... Il faut, à mon avis, être innovant pour être crédible. Il ne s'agit plus de colmater des brèches mais bien de reconstruire un dispositif électoral sain et vivant. Un processus susceptible de rassembler un maximum d'électeurs et capable de retrouver du sens auprès des citoyens de façon à diminuer les taux d'abstention et à éviter, le plus possible, la contestation post électorale. Il faut motiver l'électorat, le rassurer et lui redonner confiance dans le processus de consultation... Les technologies de l'information et de la communication (TIC) me semblent toutes désignées pour aider à atteindre ces objectifs.
Avec ces technologies, en effet, il devient facile de s'exprimer : un simple « clic » permet de voter, parfois sans même à avoir à quitter son domicile. Elles permettent, en outre, que les participants puissent se compter facilement et puissent, ainsi, évaluer le niveau de partage de leurs choix. Des dispositifs adaptés peuvent permettre aux participants de voir, en temps réel, évoluer les résultats de la consultation. Cette façon de procéder pourrait, d'ailleurs, contribuer à créer une émulation, favorable à la participation au processus, au sein de la population. Le caractère moderne, direct et instantané de ce type de consultation électronique aurait, en outre, l'effet de rendre l'opération plus attractive tout en rassurant les citoyens quand au sérieux de la consultation... Il faudrait aussi s'assurer que le contrôle du processus électronique demeure bien, lui aussi, démocratique et soit aux mains des représentants choisis par les citoyens. Internet serait ainsi définitivement confirmé dans son rôle au profit d'une démocratie moderne.
Deux exemples récents pris au Québec :
- En décembre 2010, une pétition électronique exigeant du gouvernement libéral la mise en place d'une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction, a reçue plus de 18000 signatures en 18 jours !
- En fin d'année 2010, une pétition placée sur le site Web de l'Assemblée nationale, demandant la démission du Premier ministre du Gouvernement du Québec, collecte plus de 240 000 signatures par voie électronique en un temps record...
Plus encore que la rapidité de l'expression des citoyens québécois, ce qui me semble remarquable, dans ce dernier cas notamment, c'est que ces faits se sont produits alors même que l'apathie semblait gagner l'ensemble des citoyens et que aucune manifestation publique ne venait exprimer le mécontentement profond des québécois face à la corruption et à l'inaction du Gouvernement...
Dès lors, on peut se demander pourquoi ne généralise t-on pas ce mode de consultation des citoyens qui semble bien adapté au mode de vie actuel ? Existerait-il une sorte de « conspiration du silence » qui viserait à empêcher l'extension de ce mode de consultation des citoyens ?
On pourra toujours objecter que ce mode d'expression démocratique ne saurait convenir aux pays en développement, compte tenu de l'état embryonnaire du réseau Internet dans ces pays. Cet argument est recevable, mais ne me paraît pas de nature à condamner l'évolution des choses. En effet, il suffit de penser, par exemple, à la rapidité qui a prévalue dans la mise en place du téléphone portable dans ces pays. D'emblée, ce mode de communication a dépassé, en nombre d'appareils utilisés, celui des postes fixes dont l'emploi avait pourtant précédé celui des téléphones portables dans la plupart des pays riches. Il serait assez facile de rendre le réseau Internet accessible à la majorité des populations si la volonté politique s'en faisait le relais. En rendant plus attractif et plus crédible le processus de consultation, les citoyens de ces pays pourraient, eux aussi, être rassurés et, par voie de conséquence, moins contester, a posteriori, les résultats de ces opérations... Il y aurait là également un moyen de diminuer les éventuelles pressions exercées sur les participants au moment où ils se rendent dans les bureaux pour exercer leur droit de vote. Bien entendu, il ne faudrait pas penser que la démocratie pourrait s'installer dans ces pays simplement en faisant appel à ce type d'interrogation des citoyens. Cette façon de faire ne serait qu'un appui à la démocratisation de ces sociétés, une voie qui serait à même de faciliter celle-ci à la condition que la volonté politique se fasse l'écho de ce désir.
Pour peu que l'on s'en donne les moyens, le vote électronique rassemble plusieurs avantages : modernité, facilité d'emploi, rapidité d'exploitation, fiabilité des résultats, contrôle accéléré des résultats... De plus, les réseaux sociaux électroniques (Facebook, Twitter,...) permettent aujourd'hui, une concertation efficace entre les citoyens de nature à faciliter le contrôle indirect de l'expression démocratique. En effet, si un résultat annoncé est en contradiction avec la réalité des choix des citoyens, ce hiatus apparaitra immédiatement au travers des réseaux sociaux. Peut être qu'alors, le triste spectacle de consultations électorales délaissées, contestées, critiquées deviendra plus rare...
dimanche 21 novembre 2010
L'incohérence en politique
Le chômage des jeunes en France : les gouvernements se succèdent, passant de la gauche à la droite ou réciproquement, les bonne intentions des responsables politiques s'affichent régulièrement et pourtant, malgré un effort financier le plus important des pays de l'OCDE, le taux de chômage des jeunes en France reste le double de la moyenne nationale, 20,7% pour l'année 2000, contre 11,8% pour l'ensemble des pays de l'OCDE. En février 2010, soit 10 ans plus tard, ce taux en France est encore de 25%... Ce phénomène est loin d'être limité à la France, il touche beaucoup de pays. "Le chômage des jeunes dans le monde a atteint le plus haut niveau jamais enregistré et devrait encore augmenter en 2010", a précisé le BIT dans un rapport sur l'emploi des jeunes. Le taux de chômeurs est passé de 11,9 % en 2007 à 13 % l'année dernière. Il devrait progresser légèrement à 13,1 % en 2010 avant de retomber à 12,7 % l'année suivante, selon les projections de l'organisation.
Les raisons de cet échec sont multiples même si on sait, aujourd'hui, que le chômage des jeunes amplifie les fluctuations de la conjoncture économique. Toutes les études le montrent, le diplôme est encore la meilleure protection contre le chômage, mais les phases de raréfaction de l'embauche conduisent à une déqualification des emplois, les plus diplômés acceptant des postes occupés, dans les phases de haute conjoncture, par des diplômés de niveaux intermédiaires ; en fin de chaîne ce sont les moins qualifiés qui pâtissent le plus de la basse conjoncture.
Si l'on considère la question de la formation des jeunes et de leurs qualifications, qui interviennent aussi dans leur avenir professionnel, on retrouve un schéma voisin de celui décrit ci-dessus. En effet, les responsables politiques, pourtant conscients de l'importance de la formation en matière d'emploi, n'ont pas réussi au cours des années, à faire croître le taux de diplômés d'une classe d'âge donnée. En 1970, la France par exemple, avait un pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur inférieur à la moyenne de l'OCDE. Aujourd'hui, c'est toujours le cas pour les diplômes de l'enseignement supérieur long : 24% contre 27% pour l'OCDE et 33% pour l'Europe. Une particularité de la France est le faible taux de scolarisation des 20-29 ans et surtout le fait que ce taux n'ait pas augmenté depuis 1995...
Or, si l'embauche, toutes catégories de la population et tous pays confondus, diminue c'est en grande partie à cause des délocalisation des emplois que permet la mondialisation libérale, par ailleurs tant vantée et soutenue par les responsables politiques. Les pays capitalistes développés et leur instrument, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), poussent au démantèlement général des barrières douanières. Celui-ci est déjà très avancé pour l’industrie. L’agriculture est encore un sujet de conflits (pour des raisons de compromis sociaux, l’Europe et les USA ont chacun des systèmes de protection et de subvention de leur agriculture). Les services constituent un chantier hétérogène et conflictuel (nouveau champ de profit, tentatives de remise en cause des services publics). La mondialisation de la finance est la modalité la plus avancée de la mondialisation, même si ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’on est en présence d’un rôle important des marchés financiers (fin XIX°). La plupart des pays du monde ont aujourd'hui libéré les entrées et sorties de capitaux, dont les mouvements internationaux augmentent et s’accélèrent. Tous ces développements sont organisés, soutenus et valorisés par les politiciens au pouvoir dans la plupart des démocraties occidentales.
Dès lors, comment croire le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il a affirmé, mardi 16 novembre 2010, à la télévision française, que "le chômage reculera l'année prochaine" et que l'engagement du gouvernement sera "total sur ce front-là", notamment en faveur des licenciés économiques et des jeunes. Que l'on soit libéral, néolibéral ou ultra-libéral ne change rien au fait que les gouvernements résistent peu à l'extension tous azimuts de la mondialisation et participent même à sa mise en place... En conséquence de quoi, il est difficile de les croire lorsqu'ils affirment à l'intérieur de leurs frontières, vouloir faire diminuer le chômage des jeunes tout en négociant à l'extérieur des frontières nationales, l'extension de la mondialisation libérale... Ce faisant, ils se privent eux-mêmes des moyens nécessaires à la résolution des difficultés vécues par leurs citoyens.
Mais les exemples de l'incohérence et de l'impuissance des responsables politiques ne sont pas restreints à la seule France. Le cas suivant est pris au Canada-Québec en donne une autre illustration.
Le système de santé au Québec : il est un fait avéré que le système de santé au Québec présente, depuis fort longtemps, des difficultés : les dépenses colossales qu’il nécessite sont accompagnées de services limités et de temps d’attente trop longs. Les débats pour trouver des sources de financement se multiplient, alors que beaucoup pensent qu’il serait insensé de majorer le fardeau fiscal des Québécois, déjà un des plus élevés en Amérique du Nord. Certaines solutions se dessinent, mais restent controversées : l’implantation de frais modérateurs et l’ouverture vers le privé. La question des temps d'attente, dans les services d'urgences notamment, semble exemplaire : ceux-ci ne font que croître régulièrement, alors même que les responsables politiques, lors de chaque élection, font la promesse de faire diminuer ces temps... Le temps d'attente médian, au Québec, entre la référence par un omnipraticien et le début du traitement est passé de 7,3 semaines en 1993 à 16,5 semaines en 2009, ce qui représente une augmentation d'un peu plus de 2 mois. Ce temps d'attente est plus élevé que la moyenne canadienne qui était de 9,3 semaines en 1993 et de 16,2 semaines en 2007. Les programmes électoraux des différents partis, lors de chaque élection pratiquement, mettent la question de la santé à l'ordre du jour. Ainsi, en 2003, la santé constituait une des priorités du programme du Parti libéral du Québec qui a remporté les élections. Aujourd'hui néanmoins la question reste entière...
Aux dires de nombreux québécois, leur système de santé fonctionnait assez bien jusqu'en janvier 1996, date de l'arrivée de Lucien Bouchard (Parti Québécois) au poste de Premier Ministre du Gouvernement du Québec. Le budget provincial voté en 1999 fait état d'un déficit budgétaire nul obtenu par des coupes importantes dans les services publics et dans la santé notamment. Le déficit du Québec, dans les années 1996 et 1997, avait été, en outre, aggravé par les coupures de 2,3 milliards de dollars du gouvernement fédéral dans les soins de santé. Afin d'obtenir l'annulation du déficit budgétaire, les responsables politiques québécois ont forcé le départ de 33000 personnes travaillant dans le système de santé : 1500 médecins, 4000 infirmières, 1800 auxiliaires ont pris volontairement et prématurément leur retraite tous en même temps. Dès lors, après avoir terrassé le système de santé, les politiciens se sont attelés à la tâche de le remettre en état!
Pire encore, le Parti Québécois qui est resté au pouvoir pendant une longue période (entre 1976 et 1985, puis entre 1994 et 2003) a contribué, par ses arguments, à faire croire aux citoyens québécois que l'appel au privé en matière de santé était une quasi hérésie. Si bien, qu'aujourd'hui encore, nombre de québécois sont réticents à faire appel au privé dans ce domaine, alors que chacun pourrait facilement comprendre que , dans un contexte de pénurie, ce n'est pas tant le privé qui est condamnable mais plutôt la façon dont le Gouvernement l'insèrerait au sein du système de santé. Le système de santé en France est souvent cité comme une référence mondiale et pourtant il fait appel au privé...
Encore une fois, cet exemple montre à la fois l'incohérence et le peu de vision à long terme des responsables politiques qui semblent, en outre, ignorer le fait que construire est souvent plus long et plus difficile que détruire...
Le cas de l'Union européenne : on constate, au cours de la crise actuelle particulièrement, combien la gouvernance de l'Union européenne est difficile. A une période où il serait nécessaire de faire preuve d'unité et de cohésion, les chefs d'Etats européens ne cessent de se diviser, de s'opposer, rendant chaque jour la situation de l'Union plus délicate et la fragilisant toujours plus... Lorsque les pères fondateurs de l'Europe ont entamés la « grande marche » vers la création de l'unité européenne, ils devaient, sans aucun doute, avoir en tête la projection future vers une gouvernance supra nationale de cet ensemble de nations. Or, leurs successeurs, même s'ils ont acceptés, apparemment sans réticence, de chevaucher le cheval de l'union, n'ont cessés de faire ressurgir les vieux démons nationaux à la moindre difficulté. Ils n'acceptent qu'avec beaucoup de précautions de perdre un pouce de leur pouvoir national au profit de l'Union. Lors de chaque élection nationale au sein des pays de l'Union européenne, il est remarquable de constater que les programmes des candidats ou des partis politiques sont, avant tout, des programmes nationaux et, que pratiquement rien n'est dit sur l'avenir de l'Union elle même. Quand verra t-on une élection nationale en Europe mettre en avant les questions proprement européennes ? Les difficultés actuelles de l'Europe dans les domaines monétaire, social ou économique sont en grande partie le résultat de ces divisions ou de cette indifférence envers les problèmes supra nationaux... Peut-on vouloir créer une nouvelle entité rassemblant vingt sept pays tout en maintenant la gouvernance au niveau de chaque nation ? Est-il raisonnable de s'engager dans le processus de la construction européenne tout en oeuvrant, en chaque occasion, à la construction de sa seule et propre nation ? Pourtant, il faut savoir que l'échec de l'Union européenne serait, à coup sûr, l'échec de chacune des nations constitutives. Le coup à payer, dans une telle éventualité serait considérable et les responsables politiques d'un tel désastre ne s'en relèveraient pas. Les citoyens européens ne doivent perdre de vue ce point de façon à pouvoir constamment le rappeler à leurs dirigeants....
Il serait facile de multiplier les exemples allant dans le même sens. Après s'être enlevés les moyens d'agir, dans une situation difficile donnée, nos responsables sont souvent portés à croire qu'il suffit de faire des promesses inconsidérées ou de la surenchère gratuite pour pouvoir séduire leur électorat et ainsi faire taire ses réticences. C'est, par exemple le cas du président français, Nicolas Sarkozy, qui a basé sa première campagne présidentielle sur la notion de « rupture », une nouvelle façon sans doute de qualifier la « révolution tranquille » chère aux Québécois. Trois ans après son accession au pouvoir, les français sont encore à la recherche de cette fameuse rupture. En tous cas, s'il y en a une elle est loin d'avoir améliorée la situation des citoyens français qui, aujourd'hui sont placés dans une situation socio- économique plus détériorée qu'avant l'élection. Pire encore, en prévision de la prochaine élection présidentielle de 2012, la « seconde rupture » semble déjà se profiler dans le programme électoral du candidat Sarkozy... Y croire serait, cette fois, faire preuve de masochisme de la part des citoyens français... L'incohérence en politique est source d'inefficacité, d'indécision et ouvre la porte à la perte de confiance des citoyens, au développement de l'individualisme et même à la corruption.
En conclusion, il ne faut pas oublié que, dans les sociétés démocratiques, les responsables politiques sont, généralement, les représentants, souvent élus, des citoyens. En conséquence, il apparaît utile que les citoyens, eux aussi, s'interrogent sur la cohérence de leurs choix politiques...
lundi 15 mars 2010
Petits calculs électoraux
Les journalistes laissent souvent entendre au travers de leurs commentaires que cette situation pourrait nuire aux politiciens concernés. En fait, ces sondages ne me paraîssent pas devoir inquieter grandement ces politiciens. En effet, dans les démocraties occidentales il n'est pas rare de voir des taux d'abstention aux élections qui avoisinent 60%. Ainsi, on observa environ 60% d’abstention aux élections européennes de juin 2009. Lors du récent premier tour des élections régionales en France, la moyenne nationale du taux d’abstention s’est élevée à près de 54%. Lors des élections municipales de 2009 à Montréal, le taux d’abstention a été de près de 60%... Ceci signifie que généralement, seulement environ 40% du corps électoral participe aux élections dans les démocraties de type occidental.
Si l'on se donne, pour fixer les idees, une population d'électeurs de 100000 personnes, cela signifie qu'environ 40000 personnes expriment réellement leur vote. Considérons le cas d'une élection concernant un candidat X. Il est facile de comprendre que, parmi ces 40000 votants, une majorité sera favorable à X. En effet, généralement, les abstentionnistes sont plutôt des électeurs défavorables au candidat, ou encore des personnes qui ne croient pas à l’intérêt du processus électoral. Supposons que 55% des votants soient favorables a la reélection de X. C'est une hypothèse optimiste car on note peu de cas dans la réalité où un candidat est élu avec autant de voix. En géneral les majorités observées tournent autour de 51%. Donc X serait élu avec 22000 voix. Si maintenant, on rapporte ce chiffre à la totalité du corps électoral de 100000 personnes, la réalite des choses montre que ce sont seulement 22000/100000, soit 22% du corps électoral, qui a voté effectivement en faveur de l’élection de X. Autrement dit, même avec 78% d'électeurs défavorables, X a toutes les chances d'être élu..... On peut des lors comprendre la serénité des politiciens face a ces sondages d’opinion défavorables....
Que peut-on faire pour redonner un sens au processus électoral dans nos démocraties ? Evidemment toute action qui viserait à redonner aux électeurs le goût d’aller aux urnes serait bienvenue. Mais au delà, ne devrait t-on pas sanctionner les politiciens qui attireraient trop peu d’électeurs ? Après tout, en France par exemple, les partis politiques qui n’obtiennent pas suffisement de voix lors d’une élection sont sanctionnés financièrement par le Gouvernement…