dimanche 8 avril 2012
L'abri fragile des drapeaux
De nombreux exemples sont là pour le montrer. Nous en citons quelques uns ci-dessous :
la chute des régimes de Sadam Hussein et de Mouammar Kadhafi après les interventions militaires de nations étrangères ;
la condamnation du régime syrien par une partie de la communauté internationale;
les diverses poursuites engagées contre des responsables politiques par le Tribunal Pénal International (TPI);
les directives de l'Union Européenne (UE) aux nations membres;
Le président français Nicolas Sarkozy, lui même, risque d'être rattrapé par le scandale de l'aide financière que lui aurait apporté l'ex dictateur lybien Mouammar Kadhafi;
certains prisonniers de Guantanamo sont dans l'impossibilité de faire appel à leur pays pour leur défense ;
Etc...
Les frontières des nations sont maintenant plus poreuses et il devient beaucoup plus difficile de violer les propres lois de son pays dans l'impunité, même pour un dirigeant au pouvoir. Ce constat est évidemment lié à la perte de pouvoir des Etats nationaux au profit d'entités supra nationales telles que l'ONU, l'OTAN, le FMI ou l'UE etc...
On doit d'ailleurs noter que cette perte de pouvoir s'est aussi faite au profit des entreprises et de la finance internationales comme on a pu le voir, notamment, au cours de la récente crise mondiale de la dette. On a pu constater combien les marchés financiers pouvaient imposer aux Etats leurs décisions même lorsqu'elles mettaient ces mêmes Etats en difficulté.
On peut donc, dès lors, s'étonner de voir certains Etats continuer à s'entêter dans des dispositions qui sont condamnées par les grandes institutions internationales ou par des groupes d'Etats. A titre d'exemples de ce type d'erreur, on peut faire état du refus de l'ex président Bagbo de Côte-d'Ivoire à reconnaître sa défaite électorale, de la tentative avortée de l'ancien président Wade du Sénégal pour mettre son fils au pouvoir, de même pour le récent coup d'Etat au Mali ou encore pour les « magouilles » politiques du président Poutine en Russie...
Il est clair que la tendance, dans le monde actuel, est à l'abaissement des frontières nationales mêmes si, ici ou là, cette tendance suscite des réactions rétrogrades de nationalisme défensif. Les thèses défendues par les partis d'extrême droite, tel que le Front National en France, sont typiques de ces réactions.
Bien entendu, l'intervention étrangère n'est pas systématiquement positive. Le chaos qui a suivi la chute de Kadhafi ou de Sadam Hussein sont là pour le rappeler. Il est donc important que ce type d'intervention soit mûrement réfléchie et démocratiquement décidée avant d'être exécutée.
D'autre part, on peut chaque jour constater que cette tendance n'est pas systématiquement orientée vers le mieux-être des citoyens les moins bien nantis, mais se fait souvent au profit des plus riches. Il serait grand temps que les populations du monde puissent mieux infléchir les orientations des décideurs politiques influents vers des objectifs plus sociaux et plus favorables au bien-être des citoyens les plus démunis. Je pense notamment à l'accès aux soins de santé, à l'éducation et à la formation et à l'emploi des jeunes....Les citoyens européens, par exemple, devraient enfin peser pour que les conservatismes nationaux de leurs dirigeants soient remplacés par la construction d'une Europe plus protectrice des moins riches, plus solidaire et plus humaine...
lundi 26 mars 2012
Evolution politique comparée de la France et du Québec
Les Québécois s'intègrent de plus en plus au sein de la Fédération canadienne comme en atteste plusieurs évènements politiques récents : la déconfiture du Bloc Québécois, parti souverainiste du Québec, et la croissance simultanée du Nouveau Parti Démocrate (NPD), parti fédéral, lors des dernières élections fédérales au Canada; la récente élection du député Québécois, Thomas Mulcair, à la tête du NPD; la perte d'influence, révélée par les sondages, du Parti Québécois (PQ), un parti politique à base provinciale qui a depuis longtemps été le porteur de l'indépendance du Québec... Un certain nombre d'autres signes viennent corroborer cette tendance : l'anglicisation progressive de la métropole québécoise, Montréal, où le nombre de personnes s'exprimant en français à la maison pourrait passer sous la barre des 50 % d'ici une vingtaine d'années, s'il faut en croire les conclusions d'une des cinq études présentées le 23 mars 2012 par l'Office québécois de la langue française; la tentation de plus en plus fréquente pour les jeunes Québécois de partir chercher du travail dans les provinces de l'ouest canadiens. La migration déficitaire du Québec, l'une des plus déficitaire du pays, a retiré près de 2 G$ à son économie. Pendant ce temps, le mouvement de la main d'oeuvre rapportait 4,62 G$ à l'économie de l'Alberta.... Le plus étonnant est que cette évolution du Québec se réalise alors que le Gouvernement fédéral est aujourd'hui majoritaire et conservateur, soit un gouvernement plus à droite que les gouvernements précédents dirigés par le Parti Libéral (PL) notamment...
Pendant la même période de temps, on peut observer un mouvement inverse en France : les français se replient de plus en plus sur eux-mêmes en refusant, chaque jour un peu plus, le développement de l'intégration dans l'Union Européenne... Plusieurs évènements témoignent de ce repli : il y a eut le vote négatif de la France, en mai 2005, à la ratification du Traité établissant une Constitution pour l'Europe; on peut aussi relever la montée dans les sondages du Front National de Marine Le Pen, un parti qui prône le retrait de l'Union Européenne et l'abandon de l'Euro; au cours de la récente campagne pour l'élection présidentielle en France, le Président Sarkozy a même proposé de revenir sur les accords de Schengen qui établissent la libre circulation des citoyens au sein de l'Europe; pire encore; la récente crise de la dette en Europe a montré combien les Etats européens étaient divisés et non solidaires, s'arc-boutant sur des positions frileuses de chacun pour soi au lieu de faire face aux difficultés de façon solidaire. Il était pourtant clair, pour tout économiste, que le soi-disant « problème Grec » n'était qu'un petit défi pour les économies européennes si elles avaient été solidaires...
Bref, on l'aura compris, alors que les citoyens du Québec envisagent de plus en plus leur avenir comme faisant partie intégrante de celui de la Fédération canadienne, les citoyens Français semblent se tourner plus vers des positions nationalistes les éloignant de l'intégration européenne... Il est légitime de s'interroger sur les raisons d'une telle divergence entre ces deux nations?
Sans vouloir épuiser le sujet, il me semble que l'une des raisons de cette observation serait à rechercher dans l'histoire de ces deux pays.
Le Québec qui est connu pour ne pas cultiver son histoire au point que le débat sur l'enseignement de l'histoire est un thème qui revient régulièrement à la une des médias. Les résultats désolants de l’enseignement de l’histoire du Québec et du Canada sont tels qu’un sérieux coup de barre doit être donné pour mieux former les futurs enseignants, a conclu une étude de la Fondation Lionel Groulx et la Coalition pour l’histoire présentée en mars 2012. Le rapport de 34 pages, rédigé par l’historien Éric Bédard et la chercheuse Myriam D’Arcy a donné lieu à un constat clair : les professeurs du primaire, du secondaire et du cégep ne sont pas qualifiés, et de grands pans de l’histoire du Québec et du Canada sont négligés dans les cours. Dans ces conditions, les citoyens Québécois, se percevant comme sans passé et voyant leur grand projet d'avenir, celui de la souveraineté du Québec, s'éloigner au fil des échecs référendaires, n'ont plus guère d'autre solution que celle de se tourner vers la construction d'un avenir au sein de la Fédération du Canada...
Pour la France, la situation est tout autre : l'histoire de ce pays est une grande histoire. La France a beaucoup de mal à oublier l'époque où elle était une puissance politique incontournable, où sa langue était celle des diplomates et des scientifiques.... Les transferts de souveraineté induits par l'intégration européenne sont ressentis comme des pertes d'influence... Les Français n'ont pas encore compris que seuls ils ne peuvent que perdre de plus en plus de leur pouvoir et de leur influence. Que dans le monde actuel, le pouvoir appartient à ceux qui seront capables de développer de grands projets, des projets qu'un seul pays, fusse t-il la France, serait incapable de mener à bien. Les exemples de Airbus, d'Ariane, des réseaux ferrés,... devraient être médités, faute de quoi l'avenir risque d'être bien sombre pour les citoyens français...
Cette divergence d'orientation politique, sous l'effet de l'accélération de la mondialisation, n'a pourtant rien d'inéluctable et pourrait être contrôlée si les citoyens s'en donnaient la peine. Il serait possible pour les Québécois de s'engager vers un avenir qui respecterait ce à quoi ils tiennent le plus, à savoir leur langue et leur culture. Ils peuvent le faire de différentes façons notamment en passant par la souveraineté ou en devenant des canadiens influant au sein de la Fédération canadienne... Les Français, pour leur part, devraient s'engager résolument dans la construction européenne en mettant tout en œuvre pour que ce grand projet soit à la fois social et culturel et non pas seulement économique et financier comme actuellement...
jeudi 24 février 2011
A propos du Manifeste de François Legault
Le Manifeste présenté hier (21 février 2011) par le politicien québécois François Legault a suscité déjà beaucoup d'interrogations et de scepticisme. Ce document se veut une sorte de Charte de la nouvelle Coalition pour l'avenir du Québec, un groupement qui devrait, à plus ou moins long terme, se transformer en un nouveau parti politique.
La plupart des analystes relèvent le peu de nouveautés présentes dans ce texte. Beaucoup craignent que ce document suive la même voie que le Manifeste pour un Québec lucide, que l'ancien Premier ministre Lucien Bouchard avait lancé en octobre 2005, et dont personne n'a plus entendu parler rapidement... En fait, si l'on examine de plus près le texte du récent Manifeste on a du mal à y trouver le moindre projet novateur. Il y est question d'améliorer l'éducation, la santé, de défense de la langue française, de renforcement de l'économie.... Tous ces thèmes sont ceux généralement mis en avant par tous les partis politiques au Québec et, en dehors de quelques petites différences sur les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à ces objectifs, il est difficile de trouver du nouveau dans ce document.
On pourrait ajouter d'ailleurs, que le récent discours inaugural prononcé hier par le Premier ministre Jean Charest devant l'Assemblée nationale du Québec, souffre des mêmes maux. Les cinq priorités définies pour l'action gouvernementale : l'éducation, l'emploi, le développement durable, la maitrise des ressources et la santé ressemble à une litanie qui ne risque pas de faire rêver des citoyens désabusés par la politique... Ceci, d'autant moins que la population sait que ces mêmes priorités ont déjà été mises en avant, sans succès, maintes fois par le passé.
Tout se passe donc comme si les politiciens ne parvenaient plus à sortir des rails traditionnels de la gestion à court ou moyen terme de la Province, comme si leur imagination ne parvenait plus à formuler d'autres projets mobilisateurs que celui de la souveraineté nationale. Ce dernier projet ayant échoué à plusieurs reprises, il est difficile de le relancer actuellement et, dans le même temps, on constate une grande difficulté à formuler une autre idée susceptible de mobiliser la population Québécoise. La vie politique du Québec se trouve comme placée dans une sorte de goulet d'étranglement à l'intérieur duquel il devient de plus en plus difficile, pour les politiciens, de se mouvoir. Les seules marges de manoeuvres sur lesquels ils paraissent pouvoir agir se résument à relancer le projet Souverainiste ou à améliorer la gestion de la Province...
A notre époque, où la mondialisation est partout, où le sentiment d'impuissance des responsables politiques gagne tous les jours des adeptes, il serait nécessaire de proposer aux citoyens un projet politique en rupture avec le passé, un projet ouvert sur le monde capable de redonner de l'espoir aux jeunes notamment, un projet à la hauteur de la nouvelle citoyenneté québécoise forgée au travers de l'émigration, un projet qui intégrerait une part de rêve, une part d'utopie qui pourrait porter le Québec au devant sur la scène internationale...
Bien sûr, je n'ai pas la prétention ici de formuler un tel projet, c'est la responsabilité de ceux tiennent ou de ceux qui postulent à tenir, les rennes du gouvernement. Cependant, à titre d'exemple, je citerai deux idées :
La formation d'une coalition provinciale entre le Québec et certaines provinces voisines qui s'entendraient sur un groupe d'objectifs communs en vue d'améliorer la vie quotidienne de leurs citoyens, d'intervenir plus concrètement dans la coopération internationale en faveur de pays en difficulté, de renforcer la diversité culturelle et linguistique...
Le rapprochement du Québec avec d'autres pays (de la région ou non) en vue de mettre en oeuvre des objectifs de développement durable et de développement humain...
Cela ne signifie pas de négliger la gestion provinciale mais plutôt de réaliser cette gestion avec des objectifs plus ouverts sur le monde que sur la seule province. Les nations européennes ont su mettre en avant un grand projet, certes difficile à réaliser, celui de l'Union européenne, la France tente d'impulser une coalition complexe avec l'Union Pour la Méditerranée... Il serait temps que le Québec formule, lui aussi, sa vision de l'avenir dans un monde de plus en plus ouvert et restreint...
lundi 7 février 2011
Pour Edouard Glissant
Je me souviens l'avoir rencontré alors que j'étais encore jeune étudiant. Nous étions à Paris pendant les années 60, dans le cadre de manifestations nationalistes antillaises. E. Glissant était déjà un précurseur, un militant politique qui savait montrer le chemin tout en expliquant et en calmant les inquiétudes... Par la suite nous n'avons eu que peu d'occasions de rencontre, mais j'ai suivi avec fierté son parcours d'écrivain engagé, de chantre de la créolisation et du concept de Tout-monde. Une idée forte de l'écrivain, du moins pour ce que j'en ai compris, était que le creuset culturel Caraïbéen pouvait servir de modèle pour la planète en voie de mondialisation... En effet, il a lui-même souvent souligné, que la mondialisation, dont on parle tant aujourd'hui, a été à l'oeuvre dès le 17è siècle dans sa Caraïbe natale.
Glissant a rayonné sur le monde et par là même a contribué, après Aimé Césaire et quelques autres, à faire sortir sa Martinique natale et les Antilles, de l'anonymat mondial. Il a donné leurs lettres de noblesse au métissage et à la diversité en les magnifiant. Sa langue était belle, poétique et profondément enracinée, tel le rhizome, une image qui lui était chère... Sa vie, elle-même, a été en accord avec sa philosophie. Ancrée dans sa minuscule île de la Martinique, il a parcouru le monde, puisant ça et là toute l'énergie et les connaissances utiles à son oeuvre. Glissant est Martiniquais mais plus encore, il est aussi Français, Etats-unien d'Amérique, Japonais, Africain … Il est un homme du monde...
Je ne me sens pas compétent pour analyser son oeuvre poétique et littéraire mais je sais qu'il faudra encore longtemps le lire, le relire, pour se pénétrer de cette philosophie du monde qu'il a engendré... Merci à toi Edouard et bon voyage... Je te retrouverai souvent dans cette petite ville du Diamant que, chacun de notre côté, nous avons choisie pour nous héberger lors de nos retours en Martinique...
dimanche 21 novembre 2010
L'incohérence en politique
Le chômage des jeunes en France : les gouvernements se succèdent, passant de la gauche à la droite ou réciproquement, les bonne intentions des responsables politiques s'affichent régulièrement et pourtant, malgré un effort financier le plus important des pays de l'OCDE, le taux de chômage des jeunes en France reste le double de la moyenne nationale, 20,7% pour l'année 2000, contre 11,8% pour l'ensemble des pays de l'OCDE. En février 2010, soit 10 ans plus tard, ce taux en France est encore de 25%... Ce phénomène est loin d'être limité à la France, il touche beaucoup de pays. "Le chômage des jeunes dans le monde a atteint le plus haut niveau jamais enregistré et devrait encore augmenter en 2010", a précisé le BIT dans un rapport sur l'emploi des jeunes. Le taux de chômeurs est passé de 11,9 % en 2007 à 13 % l'année dernière. Il devrait progresser légèrement à 13,1 % en 2010 avant de retomber à 12,7 % l'année suivante, selon les projections de l'organisation.
Les raisons de cet échec sont multiples même si on sait, aujourd'hui, que le chômage des jeunes amplifie les fluctuations de la conjoncture économique. Toutes les études le montrent, le diplôme est encore la meilleure protection contre le chômage, mais les phases de raréfaction de l'embauche conduisent à une déqualification des emplois, les plus diplômés acceptant des postes occupés, dans les phases de haute conjoncture, par des diplômés de niveaux intermédiaires ; en fin de chaîne ce sont les moins qualifiés qui pâtissent le plus de la basse conjoncture.
Si l'on considère la question de la formation des jeunes et de leurs qualifications, qui interviennent aussi dans leur avenir professionnel, on retrouve un schéma voisin de celui décrit ci-dessus. En effet, les responsables politiques, pourtant conscients de l'importance de la formation en matière d'emploi, n'ont pas réussi au cours des années, à faire croître le taux de diplômés d'une classe d'âge donnée. En 1970, la France par exemple, avait un pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur inférieur à la moyenne de l'OCDE. Aujourd'hui, c'est toujours le cas pour les diplômes de l'enseignement supérieur long : 24% contre 27% pour l'OCDE et 33% pour l'Europe. Une particularité de la France est le faible taux de scolarisation des 20-29 ans et surtout le fait que ce taux n'ait pas augmenté depuis 1995...
Or, si l'embauche, toutes catégories de la population et tous pays confondus, diminue c'est en grande partie à cause des délocalisation des emplois que permet la mondialisation libérale, par ailleurs tant vantée et soutenue par les responsables politiques. Les pays capitalistes développés et leur instrument, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), poussent au démantèlement général des barrières douanières. Celui-ci est déjà très avancé pour l’industrie. L’agriculture est encore un sujet de conflits (pour des raisons de compromis sociaux, l’Europe et les USA ont chacun des systèmes de protection et de subvention de leur agriculture). Les services constituent un chantier hétérogène et conflictuel (nouveau champ de profit, tentatives de remise en cause des services publics). La mondialisation de la finance est la modalité la plus avancée de la mondialisation, même si ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’on est en présence d’un rôle important des marchés financiers (fin XIX°). La plupart des pays du monde ont aujourd'hui libéré les entrées et sorties de capitaux, dont les mouvements internationaux augmentent et s’accélèrent. Tous ces développements sont organisés, soutenus et valorisés par les politiciens au pouvoir dans la plupart des démocraties occidentales.
Dès lors, comment croire le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il a affirmé, mardi 16 novembre 2010, à la télévision française, que "le chômage reculera l'année prochaine" et que l'engagement du gouvernement sera "total sur ce front-là", notamment en faveur des licenciés économiques et des jeunes. Que l'on soit libéral, néolibéral ou ultra-libéral ne change rien au fait que les gouvernements résistent peu à l'extension tous azimuts de la mondialisation et participent même à sa mise en place... En conséquence de quoi, il est difficile de les croire lorsqu'ils affirment à l'intérieur de leurs frontières, vouloir faire diminuer le chômage des jeunes tout en négociant à l'extérieur des frontières nationales, l'extension de la mondialisation libérale... Ce faisant, ils se privent eux-mêmes des moyens nécessaires à la résolution des difficultés vécues par leurs citoyens.
Mais les exemples de l'incohérence et de l'impuissance des responsables politiques ne sont pas restreints à la seule France. Le cas suivant est pris au Canada-Québec en donne une autre illustration.
Le système de santé au Québec : il est un fait avéré que le système de santé au Québec présente, depuis fort longtemps, des difficultés : les dépenses colossales qu’il nécessite sont accompagnées de services limités et de temps d’attente trop longs. Les débats pour trouver des sources de financement se multiplient, alors que beaucoup pensent qu’il serait insensé de majorer le fardeau fiscal des Québécois, déjà un des plus élevés en Amérique du Nord. Certaines solutions se dessinent, mais restent controversées : l’implantation de frais modérateurs et l’ouverture vers le privé. La question des temps d'attente, dans les services d'urgences notamment, semble exemplaire : ceux-ci ne font que croître régulièrement, alors même que les responsables politiques, lors de chaque élection, font la promesse de faire diminuer ces temps... Le temps d'attente médian, au Québec, entre la référence par un omnipraticien et le début du traitement est passé de 7,3 semaines en 1993 à 16,5 semaines en 2009, ce qui représente une augmentation d'un peu plus de 2 mois. Ce temps d'attente est plus élevé que la moyenne canadienne qui était de 9,3 semaines en 1993 et de 16,2 semaines en 2007. Les programmes électoraux des différents partis, lors de chaque élection pratiquement, mettent la question de la santé à l'ordre du jour. Ainsi, en 2003, la santé constituait une des priorités du programme du Parti libéral du Québec qui a remporté les élections. Aujourd'hui néanmoins la question reste entière...
Aux dires de nombreux québécois, leur système de santé fonctionnait assez bien jusqu'en janvier 1996, date de l'arrivée de Lucien Bouchard (Parti Québécois) au poste de Premier Ministre du Gouvernement du Québec. Le budget provincial voté en 1999 fait état d'un déficit budgétaire nul obtenu par des coupes importantes dans les services publics et dans la santé notamment. Le déficit du Québec, dans les années 1996 et 1997, avait été, en outre, aggravé par les coupures de 2,3 milliards de dollars du gouvernement fédéral dans les soins de santé. Afin d'obtenir l'annulation du déficit budgétaire, les responsables politiques québécois ont forcé le départ de 33000 personnes travaillant dans le système de santé : 1500 médecins, 4000 infirmières, 1800 auxiliaires ont pris volontairement et prématurément leur retraite tous en même temps. Dès lors, après avoir terrassé le système de santé, les politiciens se sont attelés à la tâche de le remettre en état!
Pire encore, le Parti Québécois qui est resté au pouvoir pendant une longue période (entre 1976 et 1985, puis entre 1994 et 2003) a contribué, par ses arguments, à faire croire aux citoyens québécois que l'appel au privé en matière de santé était une quasi hérésie. Si bien, qu'aujourd'hui encore, nombre de québécois sont réticents à faire appel au privé dans ce domaine, alors que chacun pourrait facilement comprendre que , dans un contexte de pénurie, ce n'est pas tant le privé qui est condamnable mais plutôt la façon dont le Gouvernement l'insèrerait au sein du système de santé. Le système de santé en France est souvent cité comme une référence mondiale et pourtant il fait appel au privé...
Encore une fois, cet exemple montre à la fois l'incohérence et le peu de vision à long terme des responsables politiques qui semblent, en outre, ignorer le fait que construire est souvent plus long et plus difficile que détruire...
Le cas de l'Union européenne : on constate, au cours de la crise actuelle particulièrement, combien la gouvernance de l'Union européenne est difficile. A une période où il serait nécessaire de faire preuve d'unité et de cohésion, les chefs d'Etats européens ne cessent de se diviser, de s'opposer, rendant chaque jour la situation de l'Union plus délicate et la fragilisant toujours plus... Lorsque les pères fondateurs de l'Europe ont entamés la « grande marche » vers la création de l'unité européenne, ils devaient, sans aucun doute, avoir en tête la projection future vers une gouvernance supra nationale de cet ensemble de nations. Or, leurs successeurs, même s'ils ont acceptés, apparemment sans réticence, de chevaucher le cheval de l'union, n'ont cessés de faire ressurgir les vieux démons nationaux à la moindre difficulté. Ils n'acceptent qu'avec beaucoup de précautions de perdre un pouce de leur pouvoir national au profit de l'Union. Lors de chaque élection nationale au sein des pays de l'Union européenne, il est remarquable de constater que les programmes des candidats ou des partis politiques sont, avant tout, des programmes nationaux et, que pratiquement rien n'est dit sur l'avenir de l'Union elle même. Quand verra t-on une élection nationale en Europe mettre en avant les questions proprement européennes ? Les difficultés actuelles de l'Europe dans les domaines monétaire, social ou économique sont en grande partie le résultat de ces divisions ou de cette indifférence envers les problèmes supra nationaux... Peut-on vouloir créer une nouvelle entité rassemblant vingt sept pays tout en maintenant la gouvernance au niveau de chaque nation ? Est-il raisonnable de s'engager dans le processus de la construction européenne tout en oeuvrant, en chaque occasion, à la construction de sa seule et propre nation ? Pourtant, il faut savoir que l'échec de l'Union européenne serait, à coup sûr, l'échec de chacune des nations constitutives. Le coup à payer, dans une telle éventualité serait considérable et les responsables politiques d'un tel désastre ne s'en relèveraient pas. Les citoyens européens ne doivent perdre de vue ce point de façon à pouvoir constamment le rappeler à leurs dirigeants....
Il serait facile de multiplier les exemples allant dans le même sens. Après s'être enlevés les moyens d'agir, dans une situation difficile donnée, nos responsables sont souvent portés à croire qu'il suffit de faire des promesses inconsidérées ou de la surenchère gratuite pour pouvoir séduire leur électorat et ainsi faire taire ses réticences. C'est, par exemple le cas du président français, Nicolas Sarkozy, qui a basé sa première campagne présidentielle sur la notion de « rupture », une nouvelle façon sans doute de qualifier la « révolution tranquille » chère aux Québécois. Trois ans après son accession au pouvoir, les français sont encore à la recherche de cette fameuse rupture. En tous cas, s'il y en a une elle est loin d'avoir améliorée la situation des citoyens français qui, aujourd'hui sont placés dans une situation socio- économique plus détériorée qu'avant l'élection. Pire encore, en prévision de la prochaine élection présidentielle de 2012, la « seconde rupture » semble déjà se profiler dans le programme électoral du candidat Sarkozy... Y croire serait, cette fois, faire preuve de masochisme de la part des citoyens français... L'incohérence en politique est source d'inefficacité, d'indécision et ouvre la porte à la perte de confiance des citoyens, au développement de l'individualisme et même à la corruption.
En conclusion, il ne faut pas oublié que, dans les sociétés démocratiques, les responsables politiques sont, généralement, les représentants, souvent élus, des citoyens. En conséquence, il apparaît utile que les citoyens, eux aussi, s'interrogent sur la cohérence de leurs choix politiques...
vendredi 29 octobre 2010
L'aliénation du cinéma français
samedi 21 août 2010
La dangereuse tessélation du monde
Le monde est quotidiennement la proie de catastrophes plus ou moins ponctuelles liées au changements climatiques d'une part, mais aussi au libéralisme outrancier qui a été élevé au rang de dogme au cours des années récentes. Les exemples de ces évènements malheureux ne manquent pas : inondations récentes au Pakistan, en Chine, en Europe,..., marée noire en Louisiane et ailleurs, tempêtes tropicales de plus en plus destructrices, crise des « subprimes », scandales financiers à répétitions, chômage, migrations clandestines etc. Pourtant, les Etats et Gouvernements s'évertuent à tenter de résoudre ces crises par des approches nationales faisant, tout au plus appel à l’aide internationale dans certains cas graves de catastrophe naturelle. Pire encore, même lorsque ces Etats et Gouvernements ont pris la décision de s'unir, sous une forme ou une autre, afin de se renforcer, ils continuent d'avoir des approches plus nationales qu'internationales. L'Europe donne encore un exemple de cette tendance générale. Si l'on considère, la question du chômage en France, il apparaît que les solutions avancées par le gouvernement français sont toujours loin de donner les résultats escomptés. Il en va de même en Espagne, au Portugal, en Italie.... et dans bien d'autres des pays de l'Union. Il nous semble pourtant qu'une tentative de résoudre cette question à l'échelle européenne plutôt que nationale aurait plus de chance de réussir, compte tenu de l'imbrication croissante des économies des nations européennes. Il en va de même pour d'autres types de structures intergouvernementales. La fédération canadienne en est un autre exemple. Chaque Province tente de résoudre de son côté, et avec ses propres approches, ses difficultés de façon indépendante des autres provinces du pays. Le gouvernement fédéral ne peut, généralement que proposer des solutions qui se superposent aux actions mises en place au plan provincial.
Il existe pourtant des preuves de succès de l'approche intégrée par rapport à la nationale. Citons en vrac : Airbus, Ariane-espace ou l'euro pour l'Union européenne. L'atténuation des déséquilibres économiques au sein de l'UE ont aussi été favorisés par l'approche intégrée. C'est ainsi que l'Espagne, la Grèce, l'Irlande,... ont pu rattraper une grande partie de leur retard de développement par rapport aux nations européennes les plus riches. Aux USA, l'amélioration du système de santé a été obtenue par une action au niveau fédéral. En Afrique de l'Ouest, la monnaie unique est soutenue par l'UMEOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine)....
Face à cette situation que pouvons nous faire ? L’abolition progressive des frontières, même si elle ne gomme pas totalement les rivalités inter-pays, reste à notre avis une voie prometteuse. Les grands ensembles politico-économiques qui se sont créés ces dernières années, comme l’ASEAN (Association des Nations de l'Asie du Sud-Est), l’ALENA (Accord de Libre-Echange Nord Américain), l’UA (Union Africaine)… auraient tout intérêt à suivre l’exemple européen pour parfaire leur degré d’intégration. Il est très surprenant de voir que certains de ces ensembles évoluent en sens inverse comme c’est, notamment, le cas de l’ALENA qui ne cesse de renforcer ses frontières au sein de l’union (récemment le Canada a obligé les Mexicains à prendre un visa touristique ; les USA ne cessent d’étendre le mur qui les séparent du Mexique…). En Afrique, le développement de l’intégration aurait peut être pu éviter les récents conflits en Côte-d’Ivoire, au Zaïre et la chasse aux étrangers en Afrique du Sud… L’abolition progressive des frontières entre les pays riches et les pays pauvres pourrait contribuer à l’établissement d’un re équilibrage économique entre ces pays. En effet, la libre circulation des personnes permettrait aux émigrants issus du Sud de revenir plus facilement et plus fréquemment chez eux et les citoyens des pays du nord pourraient plus facilement collaborer au développement du Sud.
Cette façon de faire procurerait rapidement des économies substantielles par la suppression qu’elle implique de nombreuses administrations liées à la surveillance du passage des frontières par les personnes. La circulation intensifiée des citoyens entre les pays devrait pousser les Etats et Gouvernements à mettre progressivement en place des politiques de gestion des grands problèmes de notre monde qui soient plus intégrés, plus multilatérales. Il est, en effet, clair que ces problèmes (pollution, réchauffement climatique, migrations, circulation des biens et des capitaux, développement durable, fiscalité, pandémies,…) se posent très souvent à l’échelle planétaire et pas seulement à une échelle nationale. L’intégration politique plus poussée serait à coup sûr un bon moyen pour mettre en place des politiques mieux à même d’apporter des solutions efficaces.
Finalement, tout se passe comme si les frontières et les gouvernements superposaient sur notre planète un réseau réticulé, une sorte de tessélation mathématique. La tessélation est une opération mathématique couramment utilisée en géométrie 3D, notamment dans les cartes graphiques 3D. Cette opération consiste à paver une surface avec un même motif. Cette transformation d’image en polygones est essentielle dans le graphisme des jeux vidéo. Les pays ou les Etats se situant à l’intérieur des zones réticulées ainsi constituées. Une bonne image de ce type de structure est donnée par un pare-brise d’automobile ayant reçu un impact. Le pare-brise ne se détruit pas mais se couvre d’un réseau de fissures reliées les unes aux autres qui délimitent sur le pare-brise des régions où le verre est intact. Généralement, le "fissurage" du pare-brise est un état qui précède sa destruction totale. On peut alors assimiler ces zones intactes aux territoires des nations ou des Etats, tandis que le réseau représenterait les frontières.
Lorsqu’un problème commun à l’ensemble des pays de la planète se présente, chaque gouvernements agissant de façon indépendante des autres, cela a tendance à produire une action incohérente et désordonnée qui au lieu de résoudre la difficulté aurait plutôt l'effet de l’aggraver. Tout se passe un peu comme si sur le pare-brise, chaque morceau de verre intact imposait une force indépendamment des autres morceaux en vue d’empêcher la rupture du pare-brise. Cette façon de faire produisant un ensemble de forces incohérentes aurait toutes les chances de conduire à la rupture du pare-brise, soit à l’inverse du résultat recherché.
Pour que les différents gouvernements du monde puissent se coordonner afin de résoudre les problèmes communs à la planète, il faudrait, au minimum, redonner aux organisations internationales, multilatérales une audience importante, notamment auprès des décideurs, écoute qu'elles sont encore loin d'avoir acquise. Elles pourraient alors jouer un rôle d'orientation, de coordination au plan mondial et guideraient toutes les politiques nationales dans un sens cohérent. Cette façon de faire, en se basant sur plusieurs "centres internationaux de conseils" indépendants mais chacun spécialisé dans un grand domaine, permettrait d'éviter l'utopie du « gouvernement mondial » tout en facilitant la résolution des grands problèmes planétaires par les gouvernements du monde.
mardi 15 juin 2010
Sur les revenus individuels
Les Etats et Gouvernements semblent aujourd'hui conscients des effets néfastes de ces déséquilibres. En effet, ils se sont engagés dans la mise en place, au plan mondial, de mécanismes régulateurs transnationaux dont les plus récents exemples sont les règlementations financières concernant les grandes banques et le projet de soumission des budgets des Etats européens à une instance européenne pour un avis préalable....
Il me semble que des mécanismes régulateurs internationaux devraient aussi concernés les revenus individuels afin de les encadrer et d'eviter de trop grandes différences. Est il normal que certaines personnes perçoivent des revenus faramineux alors que d'autre peinent à gagner leur vie en travaillant ? Les Etats ont déjà pris conscience des difficultés de cette situation. C'est ainsi que, plusieurs d'entre eux, ont mis en place des niveaux nationaux de revenus minimums. Mais aller plus loin dans la régulation ne peut se faire qu'à un plan international pour éviter les fuites de personnes comme cela se voit, par exemple, au plan fiscal. S'il est difficile de s'entendre sur le niveau maximum du revenu individuel souhaitable (voir par exemple, la polémique actuelle en France sur la définition du niveau de revenu a partir duquel un individu est considéré comme riche) il semble plus facile de s'entendre sur un écart de revenus maximum acceptable. Ainsi, les Etats pourraient s'accorder au plan international sur le fait que, pour une nation donnée, le revenu maximum individuel ne saurait dépasser x (x=10 pourrait être envisagé) fois le revenu minimum permettant de vivre dans ce pays. Tout revenu excédentaire serait imposé a 100%. Bien entendu, cette réglementation devrait s'appliquer a tous y compris à la classe politique et aux retraités. Il me semble que nous aurions par cette approche, un moyen de redonner espoir aux populations tout en augmentant leur confiance dans la classe politique.
mercredi 21 avril 2010
Trop c'est trop!
Laissons donc faire les spéculateurs qui nous ont conduit à la crise financière majeure dans laquelle nous sommes encore empétrés. Laissons faire les multinationales qui délocalisent les emplois sans vergogne et contribuent à accroître le chomage qui plombe les économies. Laissons déréglementer en matière d'éducation avec, comme conséquence, des droits d'inscription dans les universités qui s'envolent à l'exemple de l'Université Mc Gill qui vient de porter à 30000 dollars canadiens les droits de scolarité de son programme MBA. Laissons libre cours aux gestionnaires libéraux qui ont amputés considérablement les retraites d'honnètes travailleurs qui pensaient légitimement pouvoir bénéficier, pendant leurs vieux jours, de l'argent économisé. Laissons s'aggraver plus encore l'écart entre les riches et les pauvres partout dans le monde, y compris dans les pays les plus développés. Laissons s'aggraver les déficits parfois colossaux qui vont peser sur les générations futures. Laissons les droits du travail se différentier d'un pays à l'autre venant ainsi rendre caduques les améliorations qui pourraient être apportées dans tel ou tel pays. Laissons les marchés agir librement en conduisant les entreprises à choisir entre la faillite ou les diminutions de services rendus. Laissons disparaitre les petits commerces de proximité. Laissons les services publics à la dérive ou aux mains des entreprises privées qui n'ont que le profit comme objectif. Laissons s'aggraver les pollutions de toutes sortes et les atteintes qui sont portées à la biosphère. Laissons la corruption s'installer partout. Laissons la langue anglo-américaine s'imposer sur la planète entière en contribuant à la disparition de cultures et de langues qui sont des patrimoines de l'humanité....
Il apparait de plus en plus évident que le libéralisme socio-économique, la loi du marché, ont aboutis à l'impasse dans la plupart des domaines. La diminution des désordres mondiaux (pollution, climat, pauvreté, éducation, déplacements de populations,...) requiert en fait plus de réglementation que moins et de plus en plus à un niveau supra national. Faute de réaction des Etats et Gouvernements, ce seront les peuples qui prendront leurs responsabilités....
lundi 22 février 2010
La dialectique diversité-identité dans le contexte de la mondialisation
En conséquence, définir l’identité d’un humain ou d’une collectivité humaine comme unique ou déterminée de façon univoque, nous apparaît comme une erreur fondamentale.
Il est d’ailleurs tout aussi erroné de vouloir bâtir le monde sur le modèle d’un système politique unique qui serait la démocratie occidentale. L’uniformité en cette matière ne fonctionne pas comme le prouve toute l’histoire du monde contemporain et notamment les tentatives de copier, dans pays anciennement colonisés, le modèle démocratique occidental. Dans ce domaine, la diversité est aussi une nécessité. La France, elle-même, au travers des adaptations rendues possibles par la réglementation instituée au profit des collectivités territoriales, permet d’introduire une certaine dose de diversité au sein de l’unité de la République. Le débat récent qui précèda la consultation sur l’évolution statutaire dans certains Départements d’Outre-mer (Martinique, Guyane,…) est un témoignage de cette évolution.
En outre, la mondialisation accélérée dans laquelle la planète se trouve actuellement ne peut que catalyser la formation de ces identités multiples ou plurielles qui sont, naturellement, celle des êtres humains.
Les politiciens contemporains ne semblent pas encore avoir intégré cette donnée dans leurs programmes. Ainsi, il est clair que tout projet politique qui aujourd’hui serait fondé sur une simple définition univoque de l’identité me semble voué à l’échec. Le problème de l’intégration des émigrés et, notamment des musulmans, au sein des communautés fondées sur d’autres religions est un exercice délicat. Le communautarisme qui juxtapose les identités, tout comme son opposé, l’assimilationnisme qui vise à fondre les identités en une seule sont condamnés à l’échec. La premiere approche, parce qu’elle créee des « murs identitaires » qui ne permettent pas la création d’une identité commune plurielle, la seconde approche, elle, nie les identités particulières pour imposer une identité étrangère… L’identité plurielle doit pouvoir être choisie librement par les individus et, pour cela, ceux-ci doivent être placés dans un environnement qui permet, à tous les égards (politique, sociologique, culturel, religieux,…), une certaine liberté de choix. Il est clair que le réglage fin de cette liberté est complexe. En effet, le « curseur de la liberté» ne peut être poussé trop loin sous peine de déboucher sur le communautarisme, ni pas assez loin sous peine de ne permettre que l’assimilation…
mardi 16 février 2010
Valeurs et sociétés
vendredi 12 février 2010
Identité nationale France
Ce débat est à mon avis dépassé. En effet, quelle valeur accorder à une telle discussion alors même que les nations sont pratiquement toutes engagées dans des processus d’intégration au sein d’ensembles supra-nationaux? La France notamment, est maintenant bien insérée dans la construction de l’Union Européenne et l’on connait les conséquences, souvent décriées, des abandons de souveraineté qui s’en suivent. Cette insertion progressive des nations au sein d’ensemble plus vastes est une donnée historique qui concerne quasiment la totalité des pays du monde contemporain. Citons, sans prétendre être exhaustif, l’Union Africaine, l’Accord de Libre Échange Nord Américain, l’Union des Républiques Arabes, l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, etc… Parallèlement à ces mouvements intégrationnistes, la mondialisation produit un renforcement des flux migratoires essentiellement des pays les plus pauvres vers les plus riches. Ces mouvements viennent à leur tour affaiblir les identités nationales en renforçant les pôles culturels au sein des pays. Le phénomène de « différentiation » des communautés culturelles émigrantes au sein des pays d’accueil leur pose aujourd’hui de plus en plus de problèmes, d’autant plus que par ailleurs, ils traversent souvent une crise économique plus ou moins sévère. Le « mal des banlieues » en France, le grand déballage auquel ont donné lieu les audiences publiques de la Commission mise en place par le Gouvernement du Québec afin d’établir un rapport sur la question des « accommodements raisonnables » (sorte de compromis réglementaire destiné à adapter le droit québécois à la demande spécifique d’un membre d’une communauté culturelle), le renforcement des protections aux frontières du Sud des USA ou aux frontières de l’Union européenne, l’affaire des caricatures de Mahomet au Danemark, les refus français et néerlandais du Traité constitutionnel européen… Tous ces exemples témoignent des conséquences de cette différenciation.
Tout cela me conduit à penser que les problèmes contemporains sont de nature plus culturelle qu’identitaire. Bien entendu, ces deux aspects, identitaire et culturel, sont très liés mais en traitant la question sous l’angle de la culture on risque moins la crispation et le réflexe de « défense identitaire ». Il me semble d’ailleurs significatif que l’UNESCO ait adopté, le 21 octobre 2005, par 146 voix sur 154 présents, la « Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Ce document stipule que les États et Gouvernements des pays signataires se doivent de mettre en place toutes les dispositions susceptibles de permettre à leurs propres cultures de continuer à se développer. Ils doivent simultanément se garder de renforcer les « murs identitaires » et ne pas oublier, comme l’écrit Joëlle Farchy dans le Journal « Le Monde » en date du 29 mai 2007 que « chaque individu est porteur d’identités multiples qui ne peuvent être réductibles à l’identité nationale… De plus, les identités collectives sont mouvantes ; en France, pas plus qu’ailleurs, il n’y a de valeurs établies une fois pour toute dans lesquelles chaque nouvel arrivant est sommé de se fondre. Grâce à un processus d’échanges interactifs, les identités évoluent. Le vrai défi est de parvenir à un juste équilibre, afin de respecter les identités existantes, et de leur permettre de s’enrichir par l’ouverture aux autres cultures du monde ». Le vrai défi de notre temps réside dans la découverte d’approches, aussi consensuelles que possible, susceptibles de permettre de donner une existence concrète à la diversité culturelle qui concerne la totalité de notre monde contemporain.
L’examen de la question à cet éclairage doit conduire à détecter les valeurs qui solidifient et valorisent non pas directement notre identité nationale mais plutôt notre identité culturelle. Celle-ci se fonde notamment sur la langue française et elle devrait être mieux considérée par les responsables et décideurs. Son abandon quasi systématique au bénéfice de l’anglo-américain, tel qu’il est trop souvent prôné au nom d’une soi-disant efficacité, devrait être remplacé par sa valorisation dans l’enseignement, la recherche et dans le monde du travail principalement. N’oublions pas que la langue est aussi un facteur d’intégration culturelle et que la France, ainsi que tout l’espace francophone mondial, pourrait s’appuyer sur elle pour mettre en place un environnement culturel, social et économique plus harmonieux. Promouvoir le français ne doit pas être perçu comme une déclaration de guerre aux autres langues, mais bien comme une reconnaissance de l’égalité entre les langues du monde, chaque pays mettant en place non seulement les moyens de faire rayonner sa propre langue mais aussi de développer l’apprentissage d’autres langues du monde d’intérêt pour lui. Nous avons nous-même démontré mathématiquement[1], qu’un processus d’apprentissage ouvert aux langues du monde et ne privilégiant pas la seule langue anglaise, pouvait permettre aux êtres humains de communiquer dans une langue partagée avec une probabilité de l’ordre de 80%. D’une façon plus générale, toutes les industries de la culture et de la communication devraient être mises à profit pour favoriser la diffusion de la langue et de la culture. La télévision et le cinéma sont sur ce plan deux outils clés à ne pas négliger. Compte-tenu des coûts afférents, il serait opportun de mutualiser ceux-ci en rassemblant les ressources des pays francophones autour de projets culturels et linguistiques communs. La Francophonie politique devrait s’emparer de cette question avec détermination. La diversité culturelle est, en effet, une réalité tangible de l’ensemble francophone mondial (200 millions de locuteurs environ; le français est la langue officielle de 32 États; le français est la 9e langue la plus utilisée dans le monde; le français est la 2è langue la plus apprise dans le monde (85 millions d'apprenants); le français est la seule langue, avec l'anglais, parlée sur les 5 continents; la Francophonie politique est une organisation politique multilatérale qui rassemble aujourd’hui 70 États et Gouvernements dont 56 comme membres à part entière et 14 en tant qu'États observateurs).
Bien entendu, la diversité culturelle devrait être mieux valorisée sur le territoire français lui-même. Cette question a déjà fait l’objet de larges débats au plan national et tout ce qui va dans le sens d’un renforcement de la prise en compte de cette diversité nationale doit être encouragé. Je voudrais cependant aborder ici un aspect particulier de cette question relative à la place des populations françaises des outre-mers au sein de la Francophonie. En considérant les Départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion), les Collectivités d’outre-mer (Mayotte, Polynésie française, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna), la Nouvelle-Calédonie et les Terres australes et antarctiques françaises, ce sont environ 2 300 000 personnes qui sont concernées. Ces territoires se singularisent de la métropole tant par leur situation géographique excentrée, que par leur peuplement. Ce sont des laboratoires exemplaires de la diversité culturelle et linguistique. Comme l’écrit Dominique Wolton (« L’autre mondialisation », Ed. Flammarion, 2003) en page 123 : « Si ces outre-mers n’existaient pas, on rêverait qu’ils puissent exister. Ils existent, et la France au lieu d’en être fière, oscille entre la culpabilité de l’ancienne puissance coloniale et la sympathie pour ces racines mondiales ». Actuellement, ces communautés francophones ne jouissent d’aucune ou d’une très faible visibilité en France, mais aussi en Francophonie. Or, leur statut particulier devrait, selon moi, être valorisé au sein de l’espace francophone, espace qui revendique haut et fort la mise en application de la diversité culturelle et linguistique. Nous pensons que la présence de la France au sein des institutions de la Francophonie pourrait bénéficier de l’apport de représentants de ces collectivités d’outre-mer. La Francophonie a pourtant déjà procédé à la reconnaissance de telles spécificités en permettant au Canada d’être accompagné du Québec et du Nouveau-Brunswick.
[1] JP Asselin de Beauville, Un modèle probabiliste simple pour le multilinguisme, 78è Congrès de l’ACFAS, Université de Montréal (Québec-Canada), 10-14 mai 2010.