mercredi 25 avril 2012
Sur la croissance économique
mercredi 4 avril 2012
Mauvaise pige !
D'un coté, le gouvernement encourage les investissements dans le "Plan nord", un plan qui a pour objectif de développer l'exploitation minière dans les territoires du nord du Québec. De l'autre coté, ce même gouvernement libéral, décide d'augmenter les droits de scolarité universitaire avec des conséquences connues sur l'endettement, déjà réel, des étudiants et sur la restriction de l'accessibilité aux études universitaires.
Or nous savons tous que les ressources minières sont épuisables. Le prix du pétrole est la pour nous le rappeler. L'investissement dans la formation des jeunes est, a contrario, un investissement en faveur de l'avenir. En effet, pour faire face à l'épuisement des ressources minières, il n'y a rien de mieux que la recherche d'innovations techniques et scientifiques. Or, ces dernières sont étroitement dépendantes de la recherche scientifique et donc de la formation des personnes.
Dans ce domaine, l'université joue un rôle majeur et, mettre en place des freins à l'accès aux études supérieures, ne peut, en aucun cas favoriser le développement futur du pays. On ne peut que s'étonner des choix faits et de la relative incompréhension qui semble être celle d'une partie des citoyens du Québec. Investir dans la formation des jeunes est aujourd'hui la seule voie dont on puisse être certain qu'elle conduira à un résultat positif... Les investissements dans l'exploitation de ressources fossiles sont, certes rapidement profitables financièrement, mais ce sont déjà montrés par le passé produire nombre d'effets néfastes. Pensons à l'exploitation de l'amiante (maladies des poumons), des schistes bitumineux (pollution environnementale), du pétrole (marées noires) et même de l'uranium (recyclage des déchets)... Il est, certes, envisageable de rendre ce type d'exploitation moins néfaste pour l'environnement et la santé des citoyens mais, là encore, cela suppose de faire appel à la Science pour qu'elle puisse mettre en place de nouvelles techniques d'exploitation moins pénalisantes...
Il apparaît donc que les choix effectués par le gouvernement du Québec en privilégiant d'une part l'exploitation minière et en mettant un frein à l'accès aux études universitaires d'autre part, sont des choix incohérents qui ne pourront à terme satisfaire les besoins et les aspirations des citoyens du Québec et du Canada.
dimanche 1 avril 2012
Réveillons nos consciences !
En effet, la raréfaction des ressources pétrolières, annoncée depuis très longtemps, est en voie de rendre inaccessible cette ressource par suite de la croissance exponentielle de son prix de vente. La crise mondiale récente de la dette et de la finance a mis, d'autre part, l'accent sur les conséquences néfastes du capitalisme, sur les méfaits du laxisme accordé à la finance internationale. Enfin, la mise en berne de la croissance, notamment dans les pays développés, vient à point pour permettre d'envisager d'autres voies de développement plus durables, plus respectueuses de l'environnement.
Or, ce que l'on constate est tout autre. Les gouvernements ne cessent de vouloir tout faire pour relancer la croissance partout où elle a ralentit. Il n'y a aucune recherche de leur part en vue de s'en tenir à une croissance nulle qui reste pourtant la seule voie porteuse d'avenir...
La crise financière récente est a peine terminée que les banques et les financiers ont repris leurs détestables habitudes. Les médias nous vantent tous les jours les bénéfices records accumulés par les institutions financières. Les rémunérations indécentes des traders, des actionnaires, des dirigeants d'entreprises, des hommes d'affaires... continuent de faire la une de l'actualité.
Si l'on regarde les programmes annoncés des candidats à l'élection présidentielle en France, on ne peut guère être rassuré. La plupart se replient sur des positions nationalistes à courte vue. Que ce soit Marine Le Pen qui veut sortir de l'Union européenne ou Nicolas Sarkozy qui souhaite remettre en cause l'espace de Schengen et même François Hollande qui n'annonce rien de grandiose sur l'Europe en dehors d'une "politique commerciale" commune, "des règles de réciprocité" dans les échanges commerciaux, un embryon de mesure protectionniste, ou encore une "taxe carbone aux frontières" qui frapperait les produits importés. Où sont les grands projets, ceux qui supposeraient le renforcement de l'Europe sociale et de la solidarité européenne ?
Pour faire face à l'épuisement des ressources en pétrole, on ne semble avoir trouvé rien de mieux que le recours à de nouvelles ressources épuisables telles que les gaz de schiste, les schistes bitumineux... Pire encore, l'exploitation des véhicules électriques ou hybrides pâtit encore dans de nombreux pays d'une aide insuffisante pour que ce moyen de transport puisse devenir concurrentiel aux moyens de transport traditionnels...
Tout se passe comme si les humains avaient perdu toute sagesse, toute capacité de réflexion sur un avenir à plus long terme qu'à quelques années... L'avenir de nos enfants et petits enfants semble ne plus peser grand chose dans les décisions de nos gouvernants.
Il est clair que nous fonçons tête baissée droit dans le mur. Le réveil risque d'être brutal et douloureux. Le monde contemporain a un immense besoin de grands projets, de renouveau propre a lui permettre de quitter la spirale infernale de la croissance, de la toute puissance de la finance internationale et de trouver de nouvelles sources d'énergie verte. Ces grands projets sont d'autre part porteurs de solidarité et d'emplois, toutes choses qui font cruellement défaut actuellement.
Continuer à s'entêter dans la voie suivit par le passé ne peut conduire que dans l'impasse. Déjà, il est possible de constater que la pauvreté s'installe partout de plus en plus, les pauvres devenant de plus en plus pauvres tandis que les riches s'enrichissent toujours plus. Il faut un sursaut citoyen qui puisse peser sur les décisions qui engagent l'avenir de l'humanité. Cela est possible si les citoyens du monde parviennent à se re solidariser, à retrouver ensemble un pouvoir d'influence sur les décisions qui engagent l'avenir. Il faut mettre un terme à l'individualisme qui a fait croire aux possibilités d'un salut individuel... Le salut ne sera trouvé que collectivement... Il faut cesser d'encourager les réflexes nationalistes qui ne conduisent qu'à des solutions à courtes vues.... N'oublions jamais que sans l'alliance des nations, le monde serait sans doute aujourd'hui sous la férule des nazis...
jeudi 22 septembre 2011
Quel taux de croissance viser?
Nous vivons aujourd'hui sous la dictature du « Taux de croissance ». En effet, la réussite et, souvent le bonheur, semblent se mesurer presque uniquement à partir de cet indicateur économique. Ce chiffre quantifie, en fait, l'évolution, en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB) d'un pays, entre deux années successives. Un taux de croissance positif signifie donc une augmentation du PIB d'une année à l'autre. Le PIB, quand à lui, est une mesure de la valeur totale de la production interne de biens et services d'un pays donné, au cours d'une année, par des agents résidant à l'intérieur des frontières de ce pays.
Partant de ces définitions, il est clair qu'un taux de croissance positif indique que, d'une année à la suivante, la production interne du pays a augmentée. On peut dès lors, se poser la question de savoir pourquoi faut-il que ce taux soit systématiquement supérieur à 1% ou 2% pour faire le bonheur des économistes et des responsables politiques? Les taux de croissance faibles mesurés ou prévus actuellement dans la plupart des pays d'Europe, par exemple, sont systématiquement qualifiés de dramatiques par les commentateurs de tous bords...
Imaginons un pays où le plein emploi est à peu près atteint (taux de chômage inférieur à 5%). Imaginons de plus, que la démographie de ce pays soit stagnante avec un taux de fécondité des femmes qui assure tout juste le renouvellement de la population (cette situation est fréquente dans nombre de pays riches). Dans ces conditions, un taux de croissance nul devrait suffire à assurer le plein emploi de la population active puisque celle-ci est stable démographiquement. A fortiori, un taux de croissance de 1% ou 2% devrait satisfaire les responsables politiques. Or, il n'en est rien, puisque le monde continue à viser des taux de croissance supérieurs! Il est clair que la situation dégradée de l'emploi dans certains pays riches peut justifier ce souhait mais il devrait, me semble t-il, être accompagné de la perspective de diminuer ce taux, aussitôt que la situation de l'emploi aurait atteint un niveau acceptable. Il n'en est jamais ainsi dans les faits.
On est en droit de se demander quels sont les effets négatifs de cette façon de gérer les pays? J'en vois au moins trois :
Il y a d'abord le fait que le maintient d'un taux de croissance fort, à démographie constante, ne peut que susciter un appel à des travailleurs supplémentaires et donc à l'émigration. Or on connait aujourd'hui tous les problèmes suscités par une émigration mal maitrisée...
Il y a ensuite, le risque d'épuisement des ressources naturelles induit par cette augmentation sans fin de la production. On connait déjà ce problème dans bien des domaines : pétrole, minerais, eau...
Il y a, enfin, l'augmentation de la mondialisation entrainée par la surproduction de biens, qui implique la nécessaire exportation des surplus. On connait aujourd'hui tous les risques et difficultés crées par une mondialisation mal contrôlée avec, notamment, l'emprise de la finance internationale et le creusement de l'écart entre les riches et les pauvres par affaiblissement de la classe moyenne.
Il est temps de prendre enfin des dispositions propres à mettre fin à cette façon de penser le développement, de cesser d'encourager la cupidité, et de tendre vers un développement plus harmonieux et plus durable. Si les taux de croissance forts sont nécessaires dans les pays en développement, ils ne paraissent plus justifiés dans les pays développés...
samedi 14 mai 2011
Les partis Verts doivent disparaître
En réalité, ce qui me gène chez les Verts, c'est simplement le fait de s'être constitués en partis politiques, d'avoir utilisé une discipline scientifique, l'écologie, qui par nature, intervient dans pratiquement tous les champs de la vie quotidienne, pour en faire la base et la raison d'être d'un parti politique. La comparaison la plus évidente qui me vient à l'esprit est celle qui pourrait être faîte à partir des sciences économiques. Devrait-on, aussi, mettre en place un « parti économique » à l'image des partis Verts ? La réponse est négative et, effectivement, un tel parti n'existe nulle part, pas plus qu'il n'existe un « parti des sciences physiques ». L'économie est une discipline qui intervient dans pratiquement toutes les activités humaines et, à ce titre, elle est prise en compte par l'ensemble des partis politiques, de la gauche à la droite. Il me semble que la situation de l'écologie est comparable. Cette discipline est, aujourd'hui plus qu'hier, au coeur de toutes les activités humaines et elle devrait donc, comme l'économie, être prise en compte au sein des programmes politiques de tous les partis plutôt que d'être en quelque sorte marginalisée au sein d'un parti spécifique. Procéder de cette façon me paraît contre productif, car on tend à présenter les problèmes sous un angle plus écologique que réel et, en conséquence, on tend à enlever de la portée aux solutions qui prennent en compte la protection de l'environnement. Cette dernière question concerne tous les citoyens et donc tous les partis politiques. Elle ne devrait pas être accaparée par un parti spécifique. En procédant ainsi, je crains que l'on enlève de la crédibilité aux solutions respectueuses du développement durable. Un simple exemple : l'exploitation des gaz de schiste ne concerne pas les seuls partis Verts. Elle est liée à la politique énergétique d'un pays et doit donc intéresser tous les partis.
Il est possible que la prise de conscience par les citoyens de l'importance de l'écologie pour l'avenir de la planète ait pu nécessiter la mise en place des partis Verts dans le passé, mais de nos jours, les citoyens semblent avoir bien intégré cette notion dans leur raisonnement et, à mon avis, l'écologie ne devrait plus être qu'un volet particulier des programmes politiques des partis généralistes comme le sont, par exemple, l'économie et la culture, ceci pour le plus grand profit de l'écologie... En conséquence les partis Verts devraient s'effacer...
samedi 10 avril 2010
Culture et développement : pour le développement frugal
Je relève immédiatement un problème dans cet énoncé. Comment le développement au moment présent pourrait-il être ajusté aux besoins des générations futures ? Cet exercice supposerait, en effet, au moins deux conditions :
− Que l'on soit capable d'expliciter les besoins des générations futures;
− Si la première condition était remplie, que l'on soit capable de régler, de façon continue au cours du temps, les paramètres socio-économiques en vue de satisfaire les besoins futurs des personnes.
Notre incapacité à prévoir l'avenir, même proche, a été suffisamment démontrée pour qu'il soit inutile d'insister ici. Pensons par exemple, à la chute du mur de Berlin, à la dissolution de l'URSS, à la crise financière actuelle, etc. D'autre part, si l'on considère le “simple” problème de l'ajustement des paramètres scolaires (taille des écoles, nombre de professeurs,...) à l'évolution de la démographie, une donnée pourtant parfaitement maîtrisée par les démographes, on ne peut qu'être dubitatif au sujet de notre capacité à mettre en place ce type de développement. J'ajouterai que les statisticiens, qui sont des experts en matière de projections vers le futur, savent parfaitement la difficulté, sinon l'impossibilité, de prévoir les évènements à venir avec de bonnes probabilités de succès, en se basant sur les seules données de la tendance passée.
Le second point sur lequel je me suis interrogé est celui de la cohérence entre les deux termes de “développement” et de “durabilité” ? En effet, nous connaissons tous la loi de la conservation de la matière, énoncée par Antoine Lavoisier au 18ème siécle. On peut donner une formulation simple de cette loi sous la forme : “Dans la nature rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”. Le développement étant, par nature, consommateur d'énergie, de matière,... on comprend difficilement que le développement, consommateur d'énergie et de ressources naturelles, puisse être durable. L'évolution en matière de développement est difficile à prévoir. Pour cette raison, certains ont proposé l'appelation “développement viable” plutôt que “développement durable”. En fait, cette difficulté est sans doute liée, en partie, à la traduction française de l'expression anglaise “sustainable development”. En 2003, le sénateur français Marcel Deneux concluait ainsi son rapport sur l'évaluation de l'ampleur des changements climatiques : “De prime abord, le concept de "développement durable" peut rallier à peu près tous les suffrages, à condition souvent de ne pas recevoir de contenu trop explicite ; ... L'équivoque de l'expression "développement durable" garantit son succès, y compris, voire surtout, dans les négociations internationales d'autant que, puisque le développement est proclamé durable, donc implicitement sans effets négatifs, il est consacré comme le modèle absolu à généraliser sur l'ensemble de la planète.”
Le développement durable n'a pas été pratiqué par les pays riches et l'on peut constater aujourd'hui l'impasse économique et environnementale dans laquelle cet aveuglement a mené le monde (crise financière, crise climatique, pollution,...). Rappelons que les pays riches consomment 80 % des ressources naturelles de la planète tout en ne représentent que 20 % de la population mondiale. Ce soudain intérêt pour ce type de développement n'est-il pas un moyen déguisé mis en oeuvre par les pays les plus riches pour freiner le développement rapide de certains pays émergents ? Le cas de la Chine, avide de ressources naturelles pour développer son économie avec les conséquences inflationnistes de cette demande sur les marchés, est de nature à susciter ce type d'interrogation. Aujourd'hui par exemple, les Etats-Unis avec 6% de la population mondiale consomment le quart des resources de la planète.
Lorsqu'on parle de modèles de développement durable, il faut avoir en mémoire que la vision occidentale des choses n'est pas la seule. Lors d'une Table-ronde de l'UNESCO et du PNUE sur “La diversité culturelle et la biodiversité pour un développement durable” (3 septembre 2002, Johannesburg), madame Esther Camac de “l'Alliance internationale des peuples autochtones et tribaux des forêts tropicales”
disait : “Je pense que l'on aurait tort de définir un modèle de développement durable à partir des paramètres de la société occidentale; celle-ci mesure les personnes qu'elle produit selon un mode de vie fondé sur la consommation avec une identité, une culture, une pensée voire une vie uniformes. L'utilisation des ressources est fonction de ce modèle d'existence, et “l'utilisation durable” sert à masquer l'exploitation des ressources.... Nous autres, peuples autochtones, nous avons appris à vivre en harmonie avec les espèces végétales et animales des forêts. La forêt est notre habitat naturel, c'est là que nous trouvons tous les éléments essentiels à notre subsistance et à notre développement culturel.”.
On aborde là, la question fondamentale des interactions entre la culture et le développement. L'écrivain canadien Terrence Heath (Actes de la Conférence Cuture et développement durable, Paris, 12 juin 2008) va plus loin lorsqu'il évoque “l'incapacité patente de la culture occidentale à comprendre et à prendre au sérieux l'expérience acquise des autres cultures dont certaines ont su apporter aux questions de survie des réponses radicalement différentes des siennes. Cette incapacité constitue l'un des plus grave dangers pour l'avenir de notre planète”. L'anthropologue Paul de Deckker, professeur à l'université de Nouvelle-Calédonie affirmait : ”je dois souligner que le concept de “développement” n'existe pas dans le Pacifique insulaire. On y connait la notion de “croissance”, celle de pousses végétales, mais l'idée de progrès est totalement absente de cette région”.
Ces questionnements ne signifient pas que je veuille remettre en cause les idées attachées au concept de “développement durable”, mais plutôt que je trouve mal choisies cette appellation et sa définition. Personnellement, je préfererais parler de “développement frugal” pour rappeler la sobriété, la simplicité et la modération qui caractérisent la “frugalité”. Quand à la définition je proposerais celle-ci :
Le “développement frugal” se caractérise, tant au plan individuel que collectif, par la minimisation, d'une part, de la consommation d'énergie et des ressources non renouvellables et d'autre part, de la production de rejets (polluants, déchets,...).
Cette façon de faire conduirait, par exemple, à intégrer dans le prix de revient des produits la pollution produite par leur transport. Ainsi, on pourrait espérer redonner un peu d'attrait aux produits locaux et régionaux au détriment de la pratique actuelle des grandes entreprises de distribution qui, parfois vont s'approvisionner aux antipodes...
De façon plus globale, on commence à prendre en compte aujourd'hui le fait que l'indicateur traditionnel de mesure du développement humain, basé sur le PIB par habitant n'est pas adapté car il ne prend pas en compte, par exemple, l'accès des populations aux services de santé ou à l'éducation. Début 2008, le gouvernement français a mis en place la “Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social”, composée de 33 économistes d'origines diverses (Etats-uniens, Français, Anglais, Indiens) et présidée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. Cette commission a pour mandat de définir de nouveaux indicateurs capables de remédier aux lacunes du système statistique mondial actuel. Il s'agit, selon l'économiste Jean-Paul Fitoussi, un membre de cette commission, de “compter en négatif ce qui est négatif, et en positif ce qui est positif”. Ainsi, quand le prix des loyers en centre-ville s'enflamme, il pousse les citadins vers la campagne. La construction de nouvelles maisons et les trajets du domicile au travail font progresser le PIB, alors que le temps de transport, un temps inutile, et les dégradations de l'environnement liées aux déplacements, sont nuisibles. La commission souhaite qu'ils s'inscrivent en négatif dans le PIB. On peut aussi citer aussi l'exemple de l'Etat de Bahia, au Brésil, qui s'est rué vers les plantations d'eucalyptus pour alimenter l'industrie de la pâte à papier. Quinze ans après, les sols sont ruinés, les nappes phréatiques épuisées, et la plupart des entreprises sont parties. Le mirage de la richesse aura été de courte durée....
Le lien entre culture et développement a été justement souligné par le Xème Sommet de la Francophonie qui a considéré que la diversité culturelle et linguistique était le 5ème pilier du développement durable.
Les liens complexes qui existent entre les concepts de développement et de culture peuvent être facilement compris puisque le développement entraine dans son sillage de nouvelles idées, valeurs et conceptions, ainsi qu'un accès plus facile à l'information et à la technologie. Il en résulte donc des contacts plus fréquents avec les autres cultures et nécessairement une évolution de la culture locale. On sait aujourd'hui que les cultures les plus stables sont celles des communautés les plus isolées. Dans ces conditions, si l'évolution des cultures au cours du développement se fait systématiquement dans la même direction, à savoir celle qui a été définie par les pays riches d'Occident, on peut entrevoir le risque de poursuivre la destruction de l'environnement. planétaire. Des voix s'élèvent, ici ou là, pour souligner “la haute nécessité de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement” (“Manifeste pour les “produits” de haute nécessité”, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant et al., février 2009). L'épanouissement étant ici synonyme : de manger sainement et autrement, de rupture avec le tout automobile, d'économie de l'eau, de décroissance de la consommation, de sobriété,...”
Florence Pizzorni Itié et Marie-Claude Croiziers de Lacvivier, partagent une idée voisine lorsqu'elles écrivent “L'anthropologie moderne sait aujourd'hui distinguer dans la tradition, les facteurs conjoints de transmission et d'innovation. Ainsi comprise, la culture traditionnelle constitue sans nul doute, un antidote contre l'oxymore du développement durable”.
Le sujet est difficile car si, généralement, le lien entre culture et développement est admis, il est moins consensuel de déterminer quel est le mécanisme exact d'interaction entre ces deux concepts lorsque le but recherché est le “développement durable”. Cependant, une idée simple me semble émerger des observations précédentes : si l'on prône la promotion de la diversité culturelle alors, le lien entre culture et développement, entraine, ipso facto, qu'un modèle de développement unique ne peut pas être réaliste. Cette conclusion condamne donc sans équivoque les tenants de la promotion du seul modèle de développement occidental... Le développement durable ou frugal, ne peut donc pas se satisfaire d'un seul et même modèle mais plutôt d'une diversité de modèles à l'image de la culture.
Cette façon de penser sous-tend que c'est bien la culture qui doit éclairer le processus décisionnel en oeuvre en matière de développement. Serge Rousselle dans un ouvrage intitulé “La diversité culturelle et le droit des minorités : une histoire de développement durable” (Editions Yvon Blais, Cowansville (Québec), Canada, 2006) écrit en page 26 “...pour les défenseurs de la diversité culturelle, celle-ci représente un facteur déterminant du développement durable tout autant que devrait l'être une exploitation raisonnée des ressources naturelles dans une économie moderne mondialisée. Cependant, pour que se matérialise un tel développement durable, il faut assurer l'unité dans la diversité, soit encourager la diversité culturelle créatrice, tout en aidant les peuples du monde à mieux vivre ensemble leurs différences. Autrement dit, il faut contribuer au développement durable en faisant en sorte que nous puissions tous vivre et construire ensemble un avenir meilleur non pas malgré nos différences, mais plutot grâce à elles en tirant parti de la diversité pour parvenir à la cohésion sociale et éviter les conflits au sein des sociétés plurielles”.
Une autre idée me semble émerger de ces considérations. C'est celle de l'interaction permanente entre culture et développement. Si, comme on la vu plus haut, la culture influe sur le développement, réciproquement, le développement agit sur la culture. Cela est facile à comprendre, il suffit de penser aux télécommunications et à l'ouverture aux autres cultures qu'elles proposent. Ces technologies entraînent dans leur sillage de nouvelles idées, valeurs et conceptions qui, à leur tour vont modifier les cultures locales ou régionales. Mais n'oublions pas non plus que la diversité des cultures doit produire une différentiation des modèles de développement si l'on veut obtenir un résultat adapté aux besoins des humains, soit un développement frugal ou durable. C'est donc bien d'un tandem interactif dont il est question : culture et développement se fécondent mutuellement pour mieux s'adapter aux contextes régionaux.
Au fur et à mesure qu'une société évolue, se développe, il est nécessaire qu'elle se donne les moyens de s'adapter culturellement à la nouvelle donne. C'est principalement, par l'éducation et la formation que cette adaptation sera réalisée. Pour s'en convaincre, il suffit de penser au décalage qui apparaît lorsque les immigrants se trouvent plongés dans un environnement socio-culturel éloigné du leur. Ce décalage est à l'origine de bien des incompréhensions entre les populations d'accueil et les nouveaux venus.
Le développement frugal n'est synonyme ni de statut-quo, ni de retour en arrière. Il est plutôt le résultat d'un dosage subtil visant à introduire la modernité en s'éclairant de la culture. Il peut conduire à remettre en cause certaines traditions lorsqu'elles freinent trop, ou s'opposent au mouvement vers le développement.