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samedi 2 juin 2012

Et après ?

Au sortir de l'échec des négociations entre le gouvernement du Québec et les étudiants il apparait clairement que le gouvernement a fait une grave erreur d'appréciation dans son analyse de cette crise. En effet, peu de temps après l'annonce par le gouvernement de sa décision de hausser les droits de scolarité, en mars 2011, à raison de 325$ par année pendant cinq ans, les étudiants ont fait connaitre leur opposition. En effet, dès le mois d'août les étudiants lancent officiellement leur campagne de protestation contre cette hausse. Ils font savoir rapidement que, pour eux, l'amélioration du financement des universités ne devrait pas être obtenue en prélevant plus d'argent dans la poche des étudiants mais plutôt en améliorant la gestion des universités de façon à réduire les dépenses pas toujours justifiées. Cette proposition est formalisée par la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec) et la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec) le 1er mai 2012 et elle contient déjà un point sur le gel des droits de scolarité. Le gouvernement a préféré ignorer cette proposition et a maintenu sa décision, comme il a ignoré les centaines de milliers de manifestants qui protestaient dans les rues de Montréal notamment. Pire encore, après le déclenchement de la grève des étudiants le 13 février 2012, le gouvernement a mis onze semaines avant de réagir et de recevoir les représentants des étudiants à la table de négociations. Ce délai de réaction était une preuve supplémentaire de l'inflexibilité gouvernementale, de son désir de considérer sa proposition comme définitive et non négociable. Par la suite, au cours des deux périodes de négociations, le gouvernement québécois n'a jamais accepté d'envisager un moratoire sur la question du gel des droits de scolarité ou une procédure qui produirait le même effet comme le souhaitait les leaders étudiants. D'un autre coté, il était tout aussi clair que, pour les étudiants, il n'était pas question d'accepter le principe de l'augmentation des droits de scolarité mais qu'ils souhaitaient plutôt discuter de la gestion des universités afin de la rationaliser, de la moraliser et de faire des économies substantielles. Pour eux, les droits de scolarité devaient être gelés et ce au moins jusqu'à l'élection d'un nouveau gouvernement. Leur souhait à plus long terme était d'améliorer l'accessibilité aux études supérieures en diminuant les droits de scolarité avec le but de tendre vers la gratuité. Il est bon de rappeler ici une intervention du Recteur actuel de l'UQAM, Claude Corbo, qui déclarait lors d’une allocution tenue devant la Chambre de commerce de Montréal en février 1993 : « les étudiants doivent consacrer plus de temps à leurs études et moins de temps à leur travail s’ils veulent réussir. ». Il est évident, en effet, que si les étudiants doivent consacrer une partie de leur temps à gagner de l'argent pour payer leurs études, ce sont autant moins d'heures qu'ils pourront accorder à leur travail universitaire. Il faut également rappeler que le modèle des universités des Etats-Unis-d'Amérique qui est souvent cité en exemple au Québec, est un modèle qui a conduit à ce que, à l’heure actuelle, la dette moyenne d’un étudiant américain s’élève à plus de 25 000 $. Selon le quotidien québécois « Le Devoir » du 2 juin 2012 : « Aux États-Unis, modèle souvent évoqué par ceux qui veulent augmenter les droits de scolarité, l’endettement des étudiants est en train de devenir une bombe à retardement sociale et financière. » Dans ce contexte, il apparait que les deux phases de négociations qui ont eu lieu ne pouvaient aboutir. Le vote de la loi spéciale, le 18 mai 2012, par le Parlement de Québec est venu aggraver la situation en élargissant l'assiette des manifestants au delà du monde étudiant jusqu'à l'ensemble de la société québécoise attachée à l'expression démocratique de ses droits. Que pouvons nous espérer maintenant ? Il semble que la seule issue possible à ce conflit soit le déclenchement d'élections provinciales, à plus ou moins long terme, afin de pouvoir débloquer la situation et choisir un modèle de financement des études post secondaires qui soit consensuel. Dans cette perspective, il apparaît qu'un engagement politique déterminé des jeunes, étudiants et collégiens notamment, est une nécessité. L'énergie, la ténacité, la détermination et l'intelligence qu'ils ont mis dans la conduite du mouvement de protestation étudiant doivent maintenant être mis à profit du combat politique pour un Québec moderne.

dimanche 27 mai 2012

Contradictions éducatives

Lors des récents évènements au Québec, et particulièrement au début des manifestations des étudiants et des collégiens (le mouvement de grève a été déclenché le 13 février 2012), on a pu constater qu'une partie importante de la population québécoise ne soutenait pas les étudiants. Ainsi, selon un sondage CROP-Le Soleil-La Presse (Une agence de sondage et deux quotidiens québécois) publié le 31 mars, une majorité de Québécois (61%) sont d'accord avec la hausse de 1625$ en cinq ans, contre une minorité (39%) en désaccord. «Les gens plus âgés sentent qu'ils font leur part, dit M. Rivest (Directeur de l'Agence de sondage CROP). Ils ont moins de proximité avec les étudiants. Ils se disent : "J'ai contribué à la société. J'ai payé des impôts toute ma vie, c'est à leur tour de payer."». Parmi les arguments évoqués par les uns ou les autres revenait souvent le fait que les étudiants se comportaient comme des « enfants gâtés », des « petits rois » qui ne voulaient en faire qu'à leur tête... Le Gouvernement québécois, lui-même, alimentait cette argumentation en accusant les étudiants de « vouloir refiler la facture (de l'augmentation du financement des universités) à la population » sans vouloir prendre leur part de cette facture. Parallèlement, chacun peut constater combien les jeunes enfants sont adulés, protégés, au Québec. Pas question de punir, même légèrement, un enfant à l'école sans que les parents (les mères surtout) n'interviennent immédiatement pour demander des comptes aux enseignants. Un récent très beau film du réalisateur québécois Philippe Falardeau intitulé « Monsieur Lazhar » traite de façon magistrale cette question. Les enfants sont généralement hyper protégés par leurs parents pendant leur enfance au point qu'il est fréquent de voir des enfants munis de casques alors qu'ils jouent au tricycle ou à la trottinette.... De moins en moins d'enfants vont à l'école à pied car les parents craignent de les laisser marcher loin de leur regard protecteur. Une journaliste qui avait laissé son fils de 9 ans prendre le métro tout seul a été trainée dans la boue,... Il serait facile de multiplier ce type d'exemple. Dès lors, il me semble exister une certaine contradiction, chez les adultes, dans le fait d'une part, de ne pas soutenir massivement les étudiants dans leurs revendications contre l'augmentation des droits de scolarité, de les livrer sans remord aux matraques des brigades anti-émeute de la police et, d'autre part, dans le fait d'hyper protéger les jeunes enfants. Tout se passe donc comme si les enfants, une fois devenus adolescents et adultes, ne méritaient plus de bénéficier de la protection de leurs parents. Même si on admettait les critiques à l'encontre des étudiants, il n'est guère difficile de déduire qu'en éduquant les jeunes enfants comme des « petits empereurs » il ne serait pas anormal de les voir, ensuite, se comporter en enfants gâtés... Certains pourront objecter qu'actuellement, les luttes des étudiants bénéficient d'un soutien plus massif de la part de la population. Cela est vrai, et le nombre de manifestants toujours en augmentation dans les cortèges nocturnes ou diurnes est là pour en attester, mais on ne doit pas oublier qu'il a fallut le vote de la « loi spéciale 78 » (loi restreignant le droit de manifestation au Québec) par le Parlement du Québec, le 12 mai 2012, pour voir enfin une grande partie de la population descendre dans la rue avec les étudiants. Il faut souligner que cette loi touche tout le monde, adultes et étudiants...

vendredi 18 mai 2012

Loi spéciale au Québec

Une chose m'a souvent frappé depuis mon arrivée de France à Montreal : la différence culturelle entre les pays sous influence anglo-saxonne (comme l'est le Québec, plongé dans un environnement culturel anglophone) et ceux de culture latine (comme la France) : dans les pays latins, il n'est pas rare de voir la population braver les lois et affronter les forces de l'ordre à l'occasion de l'expression d'un mécontentement. Au Québec, j'ai pu observer, souvent avec surprise, un grand respect de la loi par la population. Lors de la grève des infirmières en 1999, par exemple, il avait suffit au gouvernement de promulguer une loi spéciale infligeant, notamment, des pénalités financières importantes aux grévistes pour que ceux-ci abandonnent leur mouvement. J'avais aussi été surpris par l'isolement des infirmières, la population ne manifestant généralement aucune solidarité à ce mouvement. Il est clair qu'en proposant, le 17 mai 2012 à l'Assemblée Nationale du Québec, une loi spéciale à l'encontre du mouvement de protestation des étudiants, le gouvernement Charest espère renouveler l'opération menée à l'encontre des infirmières et mettre ainsi fin au mouvement protestataire des étudiants. Je ne pense pas que, cette fois, la manoeuvre aura du succès. En effet, entretemps les peuples ont appris des "printemps arabes". Si, dans un contexte dictatorial autrement plus difficile à vivre que ne l'est l'environnement politique au Québec, les peuples ont été capables de vaincre des dictatures, alors pourquoi, ici, dans un contexte plus facile, ne serait-il pas possible de faire tomber le gouvernement ? Je crois que les jeunes ont bien intégré cette nouvelle donnée et l'adoption de la fameuse loi spéciale risque fort de ne faire qu'aggraver la situation en re motivant les manifestants et conduire le gouvernement du Québec à sa perte... D'ailleurs, en proposant aux députés cette loi, le Gouvernement du Québec vient de contribuer à re orienter la lutte des étudiants vers un combat plus général pour la démocratie et contre l'arbitraire gouvernemental. Ce faisant, il permettra l'élargissement du mouvement à d'autres catégories sociales qui n'accepteront pas de voir menacer la liberté d'association, la liberté d'expression et de manifestation...

lundi 27 juin 2011

L'étrange loi dite « spéciale »


Une différence culturelle essentielle entre le Canada, le Quebec, l'Amérique du Nord, d'une part et la France, voire l'Europe, d'autre part, se manifeste au travers de l'attitude des citoyens par rapport à la grève dans un cadre professionnel.

Le Français qui arrive au Québec est surpris par la façon dont la grève est conduite ici. Quelques grévistes munis de pancartes défilent calmement sur le trottoir devant leur lieu de travail, en prenant bien soin de ne déranger personne. Déjà il y a là une différence de taille, lorsqu'on pense aux cortèges bruyants, aux occupations de locaux et, parfois, aux blocages de la circulation qui sont fréquemment observés dans ce contexte en France par exemple. Mais la différence ne se limite pas à cette observation. En effet, au Canada il est possible pour l'employeur de forcer les travailleurs à reprendre le travail en faisant voter, par le parlement, une loi dite « spéciale » qui ordonne aux travailleurs de reprendre leur activité. Une fois cette loi votée, tous les travailleurs reprennent le travail sans tarder alors même s'ils ne sont pas d'accord avec les termes de l'accord qui leur est imposé... Il y a encore un autre comportement qui peut surprendre un Européen. En effet, pendant toute la durée de la grève, seuls les travailleurs concernés sont mobilisés. Il n'y a, généralement, aucune solidarité qui se manifeste de la part des autres travailleurs appartenant à d'autres branches professionnelles. Ce fut le cas récemment encore dans le cas de la grève des postiers au Canada.

On imagine mal certains gouvernements européens mettre fin aux mouvements de grève en faisant voter une simple loi par le parlement. S'il en était ainsi les gouvernements grecs et espagnol, par exemple, n'auraient pas manqué de procéder de cette façon.... Il est clair que la culture est partout et qu'elle peut entrainer des différences comportementales qui peuvent surprendre...