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dimanche 16 décembre 2012

Le Sommet sur l'éducation supérieure au Québec : vers un nouveau modèle de société?


A tous ceux qui demandent pourquoi l'éducation serait gratuite au Québec? A ceux qui affirment que ce n'est pas possible financièrement actuellement, il est facile de répondre ceci : pourquoi l'eau courante est-elle gratuite au Québec ? Pourquoi la collecte et le recyclage des eaux usagées au Québec sont-ils gratuits? Pourquoi l'utilisation des autoroutes est-elle gratuite au Québec?... Cela ne se fait pas systématiquement ailleurs. Derrière cette façon de faire, il y a, en fait, le choix d'un modèle de société...

Les Gouvernements successifs du Québec et du Canada ont choisi de privilégier la distribution de l'eau courante, la collecte des eaux usagées et l'usage des autoroutes en lieu et place de l'éducation des jeunes. S'il en est ainsi, cela signifie aussi qu'il pourrait en être autrement si la volonté politique de changer les choses se manifestait.

Le dernier budget annuel du Ministère de l'Education, des Loisirs et des Sports (MELS) dans le domaine de l'éducation supérieure atteint presque 6 milliards de dollars. La population active du Québec est d'environ 4 millions de personnes. Si l'on divise le budget du MELS par le nombre de personnes actives cela donnerait environ 1500 dollars par personne et par an. Cela signifie que si, chaque citoyen Québécois actif contribuait annuellement pour une somme de 1500 dollars alors l'éducation pourrait être gratuite au Québec. Cette somme peut sembler importante. Il faut cependant noter que ce n'est qu'un calcul sommaire qui ne tient pas compte d'éventuelles contributions de l'Etat Fédéral. D'autre part, elle ne prend pas en compte l'économie financière que font les citoyens en ne payant directement ni l'eau potable, ni l'usage des autoroutes...

Ainsi, chaque Québécois consomme quotidiennement environ 425 litres d'eau potable. Si l'on considère qu'en France par exemple, le prix moyen d'un mètre cube d'eau potable est d'environ 3,30 euros, soit un peu plus de 4 dollars canadiens, alors chaque Québécois économise quotidiennement environ 2 dollars (le prix d'un demi mètre cube d'eau) qui seraient dépensés pour son eau potable. Ramenée à une période de un an, on obtiendrait une économie de 2*365 = 730 dollars par personne. Si l'on prend en compte uniquement les 4 millions de personnes actives au Québec, l'économie serait de 730*4 000 000 = 2 920 000 000 dollars, soit environ 3 milliards de dollars... On constate donc qu'en considérant uniquement le paiement de la consommation d'eau potable et, en supposant que les recettes correspondantes soient réservées au financement de l'éducation supérieure, alors la contribution des citoyens du Québec au soutien financier de l'éducation supérieure serait diminuée de près de la moitié pour tomber à environ 750 dollars par citoyen actif. La prise en compte d'autres gratuités, telle l'usage des autoroutes pourrait venir diminuer encore cette somme.

Il est donc clair que cette question de l'accessibilité à l'éducation est avant tout un choix de société qui doit être fait par la population du Québec. Il est, d'autre part, évident que si le Sommet sur l'éducation supérieure qui s'ouvre actuellement au Québec ne devait pas déboucher sur un changement de modèle de société, cette réunion aurait été totalement inutile. D'une façon générale, il me semble que toute « grand messe » du genre « Etats-généraux », « Sommet »,... devrait déboucher, au minimum, sur une consultation des citoyens au sujet du modèle de société dans lequel ils vivent. Dans le cas contraire, ces réunions ne seraient que des dépenses inutiles d'autant plus condamnables qu'elles se situent en période de crise économique...

jeudi 18 octobre 2012

Les pièges de la popularité en politique


Des sondages récents en France et au Québec montrent un affaiblissement du soutien des citoyens aux gouvernement socialiste de François Hollande d'une part et, au gouvernement péquiste (Parti Québécois) de Pauline Marois d'autre part. On peut s'étonner de cette déception exprimée par les citoyens, si l'on considère les actions réalisées dans une période de temps plutôt courte dans les deux cas.

En France, il a fallut faire face à l'héritage de cinq année de « sarkozisme », autrement dit, de néo libéralisme à tous crins, qui a surtout favorisé les citoyens les plus riches. Dans le même temps, il a été nécessaire de gérer la grave crise qui affecte l'Union Européenne. Au Québec, il fallait corriger les dernières mesures du gouvernement du Parti Libéral du Québec de Jean Charest qui mettaient à mal le monde universitaire et la démocratie notamment.

Dans les deux cas, les nouveaux gouvernements ne paraissent pas avoir démérites. Le président Français a tenu tête à la chancelière Allemande en parvenant à faire inscrire la croissance à l'agenda du « Traité européen ». Il a ramené les pays d'Europe du sud parmi les acteurs de l'Union contrairement à Nicolas Sarkozy qui s'était rapproché de la seule Allemagne. Sur le plan intérieur, il a présenté un budget qui est, certes un budget de crise, mais qui pénalise plus les riches que les classes moyennes et pauvres. En politique étrangère il a redonné de la crédibilité à la France en Afrique notamment...
Au Québec, dès sa nomination le nouveau gouvernement a aboli l'augmentation des droits d'inscription universitaires qui avaient soulevé la population. Il a aussi mis fin a la loi spéciale qui affaiblissait la démocratie québécoise, il a modifié, enfin, la « taxe santé » qui frappait uniformément tous les citoyens, pour la rendre plus progressive donc plus juste …

Bref, dans les deux cas ces gouvernements paraissent avoir agit dans le bon sens et dans l'intérêt du plus grand nombre de citoyens. On ne peut guère, dans ces conditions, s'expliquer leur perte de popularité autrement que par un réflexe singulièrement égoïste des citoyens. Tout se passe comme si ceux-ci ne prenaient en compte que leur seul intérêt personnel et oubliaient totalement l'intérêt général. Si quelqu'un ne bénéficie pas d'une amélioration rapide de son seul sort, alors il manifeste son mécontentement quoique fasse le gouvernement par ailleurs... Il y a là un signe d'individualisme caractéristique de nos sociétés modernes. Chacun n'appréciant que son seul intérêt individuel et se désintéressant du sort de ses concitoyens et plus généralement d'autrui... La perte des valeurs qui fondent une société harmonieuse, à savoir la solidarité, la générosité et l'empathie à créée une société individualiste et égoïste qui risque d'avoir du mal à mobiliser les énergies nécessaires à sa remise en état...

Les gouvernements ne devraient pour autant pas se laisser influencer par cette attitude frileuse des peuples et continuer a faire prévaloir l'intérêt général avant ceux des particuliers tout en mettant en place les réformes susceptibles de redonner aux citoyens le sentiment qu'ils appartiennent à un ensemble de personnes non limité à eux seuls ou à leurs proches... Dans cette perspective, la réforme de l'école notamment, devrait jouer un rôle privilégié.

mercredi 13 juin 2012

Les conséquences politiques de la crise sociale au Québec

Après plus de trois mois de crise sociale, en relation avec la grève des étudiants contre l'augmentation des droits de scolarité, il est possible d'en dégager certaines conséquences sur le plan politique. Pour le « Parti Libéral du Québec » (PLQ) au pouvoir actuellement, il est clair que la « gestion molle » de cette crise et l'impression de laisser « pourrir » la situation qui a été donné par le Gouvernement du Premier Ministre Charest, n'a pas eu que des effets positifs pour ce parti. En effet, lors des élections partielles du 11 juin dans la circonscription d'Argenteuil, la candidate libérale a été battue par un candidat du Parti Québécois (PQ) alors que cette circonscription était détenue par le PLQ depuis 46 ans. Il est vrai que cette élection partielle ne constitue pas un sondage à l'échelle de la Province de Québec mais, elle paraît tout de même révéler un état d'esprit qui transparait au fil des commentaires que les médias transmettent depuis un certain temps. La « stratégie du pourrissement », qui semble être celle du parti au pouvoir, n'est peut être pas aussi gagnante que peuvent le croire les partisans du PLQ... Pour le « Parti Québécois », le résultat précédent peut être interprété favorablement et laisser croire que le temps du renouveau est arrivé pour ce Parti. Le choix de soutenir, jusqu'à un certain point, le combat des étudiants peut conduire certains à penser, comme la Chef du PQ madame Pauline Marois, que cette façon de faire permettra au parti de regagner la majorité parlementaire lors des prochaines élections provinciales qui seront déclenchées avant la fin de l'année 2012. Cette perspective n'est pourtant pas assurée car ce parti est associé à la pensée souverainiste qui ne semble plus constituer une option pour une majorité de citoyens au Québec. Le PQ souffre, en outre, d'une image un peu désuète qui ne lui confère pas, au moins chez les plus jeunes, une image attirante. Pour le jeune parti « Québec Solidaire » (QS), la situation reste difficile. Son unique député à l'Assemblée nationale du Québec, monsieur Amir Khadir, a pris des positions extrêmement claires en faveur des étudiants grévistes et a même poussé à la désobéissance civile pour combattre la loi spéciale 78 votée par l'Assemblée Nationale pour freiner les manifestations anti gouvernementales. Il a d'ailleurs payé de sa personne en étant arrêté au cours d'une manifestation et sa fille Yelda a, elle, été emprisonnée quelques jours à la suite de l'occupation du bureau de l'ex ministre de l'éducation, Line Beauchamp. On aurait pu croire que les positions sans ambigüités de ce parti, au cours de la crise en cours, lui auraient permis de gagner des voix mais cela n'est pas le cas si on considère les résultats des dernières élections partielles. QS a, en effet, récolté moins de 3% des voix dans la circonscription d'Argenteuil qui a vu la victoire du candidat du PQ et, moins de 6% des voix dans la circonscription de Lafontaine où le PLQ a triomphé. Il semble que ce parti souffre, lui aussi, d'avoir mis en avant l'option souverainiste et qu'il manque de relais pour se faire entendre. Avec son courageux et unique député, il s'apparente plus à « Québec solitaire » qu'à « Québec Solidaire »... Il faut d'ailleurs noter que la Porte-parole de ce parti, madame Françoise David, n'a pas été très audible au cours de la crise récente que traverse le Québec... En ce qui concerne le plus jeune des partis québécois, la « Coalition Avenir Québec » (CAQ) et son Chef François Legault, l'avenir ne semble pas aussi rose que ne le laissait penser les sondages au moment de la création de ce parti en fin 2011. Les élections partielles récentes ont montré que ce parti était distancé, avec à peine plus de 20% des voix dans Argenteuil et à peine plus de 15% des voix dans Lafontaine. En fait, il semble qu'en quittant le PQ pour créer la CAQ, François Legault ait plutôt fait le jeu du PQ en divisant les voix du PLQ. Cela s'explique d'ailleurs fort bien puisqu'au cours de la crise sociale récente, la CAQ s'est souvent alignée sur les positions du PLQ au lieu d'essayer de se démarquer. L'avenir de ce parti semble désormais bien moins assuré qu'à sa création... Finalement, quels enseignements peut-on tirer de toutes ces observations ? Il me semble que les citoyens québécois sont encore à la recherche d'un parti politique qui saura traduire l'aspiration au changement d'une majorité du peuple. Ce changement, s'il n'est pas encore clairement formulé, transparait au travers de plusieurs évènements qui ont marqués la vie des Québécois au cours des années récentes. Il m'apparait comme la recherche d'un projet d'envergure pour l'avenir de la Province. Il n'est plus question d'indépendance ou de souveraineté, comme ce fut le cas par le passé, mais plutôt du rôle de cette province au sein de la Fédération canadienne et du monde contemporain. Le peuple du Québec aspire à devenir un leader mondial dans les domaines de la diversité culturelle et linguistique en s'appuyant, notamment, sur la francophonie des Amériques, il aspire à trouver une nouvelle voie de développement qui soit plus durable et plus frugale que celle prônée par les leaders du néo-libéralisme, il souhaite devenir un exemple de développement solidaire et social, il veut une société laïque et juste... Tel est le sens profond du « printemps érable »...

samedi 2 juin 2012

Et après ?

Au sortir de l'échec des négociations entre le gouvernement du Québec et les étudiants il apparait clairement que le gouvernement a fait une grave erreur d'appréciation dans son analyse de cette crise. En effet, peu de temps après l'annonce par le gouvernement de sa décision de hausser les droits de scolarité, en mars 2011, à raison de 325$ par année pendant cinq ans, les étudiants ont fait connaitre leur opposition. En effet, dès le mois d'août les étudiants lancent officiellement leur campagne de protestation contre cette hausse. Ils font savoir rapidement que, pour eux, l'amélioration du financement des universités ne devrait pas être obtenue en prélevant plus d'argent dans la poche des étudiants mais plutôt en améliorant la gestion des universités de façon à réduire les dépenses pas toujours justifiées. Cette proposition est formalisée par la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec) et la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec) le 1er mai 2012 et elle contient déjà un point sur le gel des droits de scolarité. Le gouvernement a préféré ignorer cette proposition et a maintenu sa décision, comme il a ignoré les centaines de milliers de manifestants qui protestaient dans les rues de Montréal notamment. Pire encore, après le déclenchement de la grève des étudiants le 13 février 2012, le gouvernement a mis onze semaines avant de réagir et de recevoir les représentants des étudiants à la table de négociations. Ce délai de réaction était une preuve supplémentaire de l'inflexibilité gouvernementale, de son désir de considérer sa proposition comme définitive et non négociable. Par la suite, au cours des deux périodes de négociations, le gouvernement québécois n'a jamais accepté d'envisager un moratoire sur la question du gel des droits de scolarité ou une procédure qui produirait le même effet comme le souhaitait les leaders étudiants. D'un autre coté, il était tout aussi clair que, pour les étudiants, il n'était pas question d'accepter le principe de l'augmentation des droits de scolarité mais qu'ils souhaitaient plutôt discuter de la gestion des universités afin de la rationaliser, de la moraliser et de faire des économies substantielles. Pour eux, les droits de scolarité devaient être gelés et ce au moins jusqu'à l'élection d'un nouveau gouvernement. Leur souhait à plus long terme était d'améliorer l'accessibilité aux études supérieures en diminuant les droits de scolarité avec le but de tendre vers la gratuité. Il est bon de rappeler ici une intervention du Recteur actuel de l'UQAM, Claude Corbo, qui déclarait lors d’une allocution tenue devant la Chambre de commerce de Montréal en février 1993 : « les étudiants doivent consacrer plus de temps à leurs études et moins de temps à leur travail s’ils veulent réussir. ». Il est évident, en effet, que si les étudiants doivent consacrer une partie de leur temps à gagner de l'argent pour payer leurs études, ce sont autant moins d'heures qu'ils pourront accorder à leur travail universitaire. Il faut également rappeler que le modèle des universités des Etats-Unis-d'Amérique qui est souvent cité en exemple au Québec, est un modèle qui a conduit à ce que, à l’heure actuelle, la dette moyenne d’un étudiant américain s’élève à plus de 25 000 $. Selon le quotidien québécois « Le Devoir » du 2 juin 2012 : « Aux États-Unis, modèle souvent évoqué par ceux qui veulent augmenter les droits de scolarité, l’endettement des étudiants est en train de devenir une bombe à retardement sociale et financière. » Dans ce contexte, il apparait que les deux phases de négociations qui ont eu lieu ne pouvaient aboutir. Le vote de la loi spéciale, le 18 mai 2012, par le Parlement de Québec est venu aggraver la situation en élargissant l'assiette des manifestants au delà du monde étudiant jusqu'à l'ensemble de la société québécoise attachée à l'expression démocratique de ses droits. Que pouvons nous espérer maintenant ? Il semble que la seule issue possible à ce conflit soit le déclenchement d'élections provinciales, à plus ou moins long terme, afin de pouvoir débloquer la situation et choisir un modèle de financement des études post secondaires qui soit consensuel. Dans cette perspective, il apparaît qu'un engagement politique déterminé des jeunes, étudiants et collégiens notamment, est une nécessité. L'énergie, la ténacité, la détermination et l'intelligence qu'ils ont mis dans la conduite du mouvement de protestation étudiant doivent maintenant être mis à profit du combat politique pour un Québec moderne.

lundi 26 mars 2012

Evolution politique comparée de la France et du Québec

Lorsque l'on se donne la peine de comparer les évolutions politiques de la France et du Québec on peut être surpris de constater des divergences importantes.

Les Québécois s'intègrent de plus en plus au sein de la Fédération canadienne comme en atteste plusieurs évènements politiques récents : la déconfiture du Bloc Québécois, parti souverainiste du Québec, et la croissance simultanée du Nouveau Parti Démocrate (NPD), parti fédéral, lors des dernières élections fédérales au Canada; la récente élection du député Québécois, Thomas Mulcair, à la tête du NPD; la perte d'influence, révélée par les sondages, du Parti Québécois (PQ), un parti politique à base provinciale qui a depuis longtemps été le porteur de l'indépendance du Québec... Un certain nombre d'autres signes viennent corroborer cette tendance : l'anglicisation progressive de la métropole québécoise, Montréal, où le nombre de personnes s'exprimant en français à la maison pourrait passer sous la barre des 50 % d'ici une vingtaine d'années, s'il faut en croire les conclusions d'une des cinq études présentées le 23 mars 2012 par l'Office québécois de la langue française; la tentation de plus en plus fréquente pour les jeunes Québécois de partir chercher du travail dans les provinces de l'ouest canadiens. La migration déficitaire du Québec, l'une des plus déficitaire du pays, a retiré près de 2 G$ à son économie. Pendant ce temps, le mouvement de la main d'oeuvre rapportait 4,62 G$ à l'économie de l'Alberta.... Le plus étonnant est que cette évolution du Québec se réalise alors que le Gouvernement fédéral est aujourd'hui majoritaire et conservateur, soit un gouvernement plus à droite que les gouvernements précédents dirigés par le Parti Libéral (PL) notamment...

Pendant la même période de temps, on peut observer un mouvement inverse en France : les français se replient de plus en plus sur eux-mêmes en refusant, chaque jour un peu plus, le développement de l'intégration dans l'Union Européenne... Plusieurs évènements témoignent de ce repli : il y a eut le vote négatif de la France, en mai 2005, à la ratification du Traité établissant une Constitution pour l'Europe; on peut aussi relever la montée dans les sondages du Front National de Marine Le Pen, un parti qui prône le retrait de l'Union Européenne et l'abandon de l'Euro; au cours de la récente campagne pour l'élection présidentielle en France, le Président Sarkozy a même proposé de revenir sur les accords de Schengen qui établissent la libre circulation des citoyens au sein de l'Europe; pire encore; la récente crise de la dette en Europe a montré combien les Etats européens étaient divisés et non solidaires, s'arc-boutant sur des positions frileuses de chacun pour soi au lieu de faire face aux difficultés de façon solidaire. Il était pourtant clair, pour tout économiste, que le soi-disant « problème Grec » n'était qu'un petit défi pour les économies européennes si elles avaient été solidaires...

Bref, on l'aura compris, alors que les citoyens du Québec envisagent de plus en plus leur avenir comme faisant partie intégrante de celui de la Fédération canadienne, les citoyens Français semblent se tourner plus vers des positions nationalistes les éloignant de l'intégration européenne... Il est légitime de s'interroger sur les raisons d'une telle divergence entre ces deux nations?
Sans vouloir épuiser le sujet, il me semble que l'une des raisons de cette observation serait à rechercher dans l'histoire de ces deux pays.

Le Québec qui est connu pour ne pas cultiver son histoire au point que le débat sur l'enseignement de l'histoire est un thème qui revient régulièrement à la une des médias. Les résultats désolants de l’enseignement de l’histoire du Québec et du Canada sont tels qu’un sérieux coup de barre doit être donné pour mieux former les futurs enseignants, a conclu une étude de la Fondation Lionel Groulx et la Coalition pour l’histoire présentée en mars 2012. Le rapport de 34 pages, rédigé par l’historien Éric Bédard et la chercheuse Myriam D’Arcy a donné lieu à un constat clair : les professeurs du primaire, du secondaire et du cégep ne sont pas qualifiés, et de grands pans de l’histoire du Québec et du Canada sont négligés dans les cours. Dans ces conditions, les citoyens Québécois, se percevant comme sans passé et voyant leur grand projet d'avenir, celui de la souveraineté du Québec, s'éloigner au fil des échecs référendaires, n'ont plus guère d'autre solution que celle de se tourner vers la construction d'un avenir au sein de la Fédération du Canada...

Pour la France, la situation est tout autre : l'histoire de ce pays est une grande histoire. La France a beaucoup de mal à oublier l'époque où elle était une puissance politique incontournable, où sa langue était celle des diplomates et des scientifiques.... Les transferts de souveraineté induits par l'intégration européenne sont ressentis comme des pertes d'influence... Les Français n'ont pas encore compris que seuls ils ne peuvent que perdre de plus en plus de leur pouvoir et de leur influence. Que dans le monde actuel, le pouvoir appartient à ceux qui seront capables de développer de grands projets, des projets qu'un seul pays, fusse t-il la France, serait incapable de mener à bien. Les exemples de Airbus, d'Ariane, des réseaux ferrés,... devraient être médités, faute de quoi l'avenir risque d'être bien sombre pour les citoyens français...

Cette divergence d'orientation politique, sous l'effet de l'accélération de la mondialisation, n'a pourtant rien d'inéluctable et pourrait être contrôlée si les citoyens s'en donnaient la peine. Il serait possible pour les Québécois de s'engager vers un avenir qui respecterait ce à quoi ils tiennent le plus, à savoir leur langue et leur culture. Ils peuvent le faire de différentes façons notamment en passant par la souveraineté ou en devenant des canadiens influant au sein de la Fédération canadienne... Les Français, pour leur part, devraient s'engager résolument dans la construction européenne en mettant tout en œuvre pour que ce grand projet soit à la fois social et culturel et non pas seulement économique et financier comme actuellement...

vendredi 2 mars 2012

Ressources comparées des ambulanciers, de la police et des pompiers au Québec

Réunis en conférence de presse à Montréal, le 15 décembre 2011, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section locale 592 (FTPQ), ont rendu publics les résultats d'une enquête menée au cours des cinq derniers mois sur l'état des services préhospitaliers d'urgence au Québec. L'enquête révèle des statistiques très inquiétantes sur les temps d'intervention des ambulances dans plusieurs régions du Québec. L'enquête démontre également un manque d'ambulances sur plusieurs territoires, des délais non respectés sur des appels d'urgence, des temps d'attente qui peuvent être de 30, 40, 50 minutes et même plus pour des appels prioritaires, ainsi que plusieurs recommandations du coroner qui sont restées lettre morte.

A La Tuque au Québec, une femme de 75 ans de La Tuque a dû attendre l'ambulance durant près de 3 h 30 mercredi. Souffrant d'ostéoporose sévère, une vive douleur la clouait au lit de son appartement de la résidence pour personnes semi-autonomes, la Renaissance. La douleur rendait le voyage de deux kilomètres en voiture vers le Centre de santé et des services sociaux du Haut-St-Maurice (CSSSHSM) impossible.

Le 14 juin 2011, dans une Maison de naissance de Pointe-Claire, sur l'île de Montréal, un bébé est mort dans les bras d'une sage-femme suite au retard d'une ambulance de l'Hôpital de Montréal pour enfants, qui prévoyait un délai d'attente de plus de 40 minutes.

Récemment, Radio-Canada relatait le cas d'une femme dont l'accouchement avait été difficile par suite de complications hémorragiques, qui a du attendre l'arrivée d'une ambulance plus de 4h...

Il est intéressant de mettre cette question des temps d'attente des ambulances des services de santé avec les délais et les moyens d'intervention des services de police et d'incendie au Québec.

L'école secondaire de Mortagne, à Boucherville, sur la Rive-Sud de Montréal, a été le théâtre, jeudi 1er mars, d'une vaste opération policière qui s'est soldée jeudi après-midi par l'arrestation de trois élèves, qui étaient en possession de deux fausses armes à feu. Deux mineurs, un garçon et une fille, qui auraient 16 ans, ont été arrêtés par les policiers de Longueuil. Ils se sont présentés à l'école avec un pistolet à plomb et un pistolet jouet, qui s'apparenterait à fusil de calibre 416.
Quatre-vingts policiers du service de police de Longueuil ont été dépêchés sur les lieux. Des maîtres-chiens et des enquêteurs se sont également présentés à l'école secondaire. Une procédure normale dans un cas comme celui-là, a expliqué Louise Gendron, commandante du district nord de la police de Longueuil. Un appel téléphonique a été adressé au 911 vers 11 h par un témoin qui a aperçu un jeune avec une arme longue dissimulée dans un sac à dos. L'autre arme avait été placée dans un casier. Les élèves ont été confinés dans les classes ou dans les gymnases. Vers 13h30, les policiers avaient presque terminé de faire le tour des classes et avaient fait évacuer graduellement les élèves.

Il est difficile de trouver des statistiques sur les délais et les moyens d'intervention des services de police du Québec, néanmoins chacun peut se rendre compte quotidiennement de l'importance des moyens mis en œuvre par la police ainsi que de la rapidité de ses interventions. Un observateur étranger peut d'ailleurs être surpris par l'importance des ressources mobilisées à l'occasion d'évènements anodins... Il n'est pas rare, par exemple, de voir deux grosses voitures de police et quatre policiers intervenir pour un banal incident de la circulation automobile. Autre exemple, de ce déploiement de moyens : très souvent les accès aux rues de la ville de Montréal sont fermés non pas par la pose de barrières mais par des véhicules de police avec chacun deux passagers à bord et le moteur en marche...

L'examen des interventions des pompiers de la ville de Montréal démontre que là aussi il n'y a pas de restriction sur les ressources, ce qui permet des délais d'intervention très courts. Le Service de sécurité incendie de Montréal affirme que la norme est de 5 minutes pour une intervention locale. Depuis environ quatre ans à la Ville de Montréal, le rôle des pompiers n'est plus seulement d'éteindre les feux. Environ les deux tiers de leurs interventions sont faites à titre de premiers répondants. Lorsqu'un citoyen appelle au 911 pour un problème médical, l'appel est acheminé en même temps au Service des incendies et à Urgences-santé. Les pompiers sont souvent les premiers arrivés sur place, en raison de la répartition des casernes dans toute la ville, ce qui leur permet d'être sur les lieux en quatre minutes et demie en moyenne. Leur rôle : donner les premiers soins, maintenir les fonctions vitales et stabiliser le patient en attendant l'arrivée des ambulanciers. Il n'est pas rare d'observer à Montréal la mobilisation de 5 ou 6 camions de pompiers pour ce qui ne se révèle qu'un simple incident sans conséquence...

Le rapprochement des faits concernant la santé d'une part, et la police et les pompiers d'autre part, me semble significatif du choix de priorités faites par les responsables politiques. Il y a une certaine démesure de ressources du côté de la police et des pompiers alors que pour les services de santé et pour les ambulances, notamment on observe des ressources restreintes. Il me semble pourtant que la sécurité des citoyens ne peut être garantie si on n'assure pas le bon fonctionnement du système de santé. Le maintient de l'ordre et la lutte contre les incendies ne peuvent suffire à assurer la protection des citoyens...

mardi 21 février 2012

L'enfermement des partis politiques du Québec

Récemment vient d'être crée un nouveau parti politique provincial au Québec : la Coalition Avenir Quebec (CAQ). Dirigé par un ancien ministre et ex membre du Parti Québécois (PQ), monsieur Francois Legault, ce nouveau parti a eu un assez grand succès dans la population québécoise dès l'annonce de sa création, comme l'ont montré les sondages d'opinion.

Mais depuis la divulgation de son programme, la CAQ ne cesse de perdre des intentions de vote. En fait, si l'on considère le Plan d'action de la CAQ, on constate rapidement qu'il s'agit d'un catalogue de mesures destinées à tenter d'améliorer la gestion de la province. On ne veut plus parler de séparation d'avec le Canada, mais on veut abolir les Commissions scolaires, revoir la gestion du système de santé, du système éducatif, lutter contre la corruption.... Toutes ces mesures ne donnent, malheureusement pas, naissance à un grand projet pour la province, un projet qui soit susceptible de mobiliser voire d'enthousiasmer les citoyens du Québec. Elles ne constituent pas non plus un projet novateur par rapport aux programmes des autres partis provinciaux.

Les partis politiques au Québec semblent enfermés entre deux limites programmatiques infranchissables : la séparation d'avec le Canada d'un coté et le gouvernement de la seule province au sein de la Fédération canadienne de l'autre. Dans ce second cas, on entend se restreindre à la gestion des problèmes du Québec sans intervenir de façon importante sur la politique fédérale. Le PQ a choisit la première voie tout en pratiquant la seconde, tandis que la CAQ semble s'orienter vers la seconde en éliminant la première.

Malheureusement ces deux directions sont largement dépassées et ont été expérimentées par le passé par tous les partis qui ont dirigés les gouvernements du Québec. La voie de la gouvernance interne du Québec est, par exemple, celle du Parti Libéral du Québec (PLQ) actuellement au pouvoir dans la province.

L'attente d'une grande partie des citoyens du Québec me semble toute autre : ils veulent un nouveau grand projet pour le Québec, une nouvelle perspective qui ne soit ni la séparation qui a échouée, ni l'autonomie de gestion au sein de la Fédération qui a été largement expérimentée et qui a conduit a l'affaiblissement de la province...

Les dernières élections fédérales qui ont vu les citoyens québécois voter massivement pour un parti fédéraliste de gauche : le Nouveau Parti Démocrate (NPD) et balayer, par la même occasion, le Bloc Québécois (un parti fédéraliste séparatiste !) donnait pourtant déjà l'orientation de leurs souhaits.
Une majorité de Québécois voudrait voir la politique québécoise s'élargir au niveau fédéral. Ils veulent peser plus au sein de la Fédération et cesser de voir leur influence s'effilocher au fil du temps... Ils ont compris que pour cela, ils leur fallait donner le pouvoir à un parti fédéraliste et non pas à un parti à base provinciale. Dans cette perspective, on peut penser que la CAQ perdra rapidement ses illusions comme le PQ d'ailleurs... D'ailleurs, les sondages montrent déjà que les électeurs du PQ migrent plus rapidement vers la CAQ que ceux du Parti Libéral du Québec...

Il est sûr que la présence du Parti Conservateur (PC) au pouvoir à Ottawa n'est guère favorable à cette orientation, cependant elle peut aussi jouer le rôle de catalyseur en favorisant la mobilisation des citoyens du Québec contre le PC au profit d'un parti fédéraliste de gauche...

jeudi 23 juin 2011

L'illusion québécoise


Il semble exister un grave paradoxe au Québec en terme de projet de développement futur de la « belle province ». Le débat politique est dans l'impasse à cause d'une hypothèse, généralement admise, qui m'apparaît fondamentalement fausse : il serait possible de gérer le Quebec en faisant comme si le Canada n'existait pas. Cette position est partagée aujourd'hui par la plupart des partis politiques à base électorale provinciale : le PQ (Parti Québécois), l'ADQ (Action Démocratique du Québec), QS (Québec Solidaire) et même la future coalition politique autour de François Legault. Tous font comme si le véritable pouvoir se situait au niveau provincial et pas au fédéral. Cette douce illusion a conduit à l'échec toutes les politiques mises en oeuvre au cours des dernières années. Les partis qui ont occupé le pouvoir au Quebec, fussent ils indépendantistes, le savent bien, eux qui ont dépensé beaucoup d'énergie en négociations avec le pouvoir fédéral. Je suis surpris de constater qu'aujourd'hui encore, les programmes des partis politiques sont centrés sur des problématiques uniquement québécoises et ne prévoient rien pour l'évolution de la fédération canadienne. C'est un peu, la même situation en Europe où certains partis politiques fondent le projet politique pour leur Etat-nation, uniquement en fonction des problèmes de cet Etat, en ignorant les questions liées à l'évolution de l'Union Européenne dont ils font pourtant partie intégrante. Il est légitime de penser que, si la composante européenne avait été mieux prise en compte au cours des différentes élections nationales, la crise que traverse actuellement l'Union européenne aurait, sans doute, été moins dure car il y aurait déjà eu une certaine harmonisation des politiques sociales, fiscales...

Il me semble qu'au Québec, deux positions sont possibles : soit on est pour l'indépendance du Québec et alors le projet politique doit être centré avant tout sur la séparation et non sur la gestion de la province. Soit on est fédéraliste et donc pan canadien, et alors le projet politique doit viser à mieux intégrer la province au sein de l'ensemble fédéral. En dehors de ces deux positions il ne me semble n'y avoir qu'illusion vouée a l'échec... Les dernières élections fédérales qui ont vu les citoyens québécois voter en masse pour le Nouveau Parti Démocratique (NPD), un parti qui se situe au plan fédéral, et qui ont vu l'effondrement du Bloc Québécois (BQ), un parti à base provinciale, semblent bien confirmer la justesse de cette analyse.